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478 nanl d<î mes vers, des gamins m'avaient battue et volé mon panier. Je rentre, je savais ce qui m'attendait : je reçois ma paie et pas de pain. Le soir, avant d'aller au pont, la bor- gnesse, furieuse de ce que je n'avais pas élrenné la veille, au lieu de me donner des coups, comme d'habitude, pour me tiisposer à pleurer, me martyrise jusqu'au sang, en m'arra- chant des cheveux du côlé des tempes, où c'est le plus sen- sible —-Tonnerre ! çà , c'est trop fort ! s'écria le bandit en frappant du poing sur la table, et en fronçant les sourcils. Battre un enfant, bon..., mais le martyriser... c'est trop fort. Rodolphe avait attentivement écoulé le récit de Fleur-de- l\!arie; il regarda le Chourineur avec étonnement. Cel éclair de sensibilité le surprenait, — Qu'as tu donc, Chourineur? lui dit-il. — Ce que j'ai? ce que j'ai? comment! ça ne vous fait rien de rien, à vous, ce monstre de Chouette qui martyrise celle enfant! vous êtes donc aussi dur que vos poings? — Continue, ma fille, dit Rodolphe à Fleur-de-Marie, sans ïépondre à l'interpellation du Chourineur. — Je vous disais donc que la Chouette me martyrisait pour me faire pleurer. Moi, ça me bute. Pour la faire endêver, je me mets à rire, et je m'en vas au pont avec mes sucres d'orge. La borgnesse était à sa poêle... De temps en temps elle me montrait le poing. Alors, au lieu de pleurer, je chan- tais plus fort; avec tout ça, j'avais une faim, une faim !.. Depuis six mois que je portais des sucres d'orge, je n'en avais jamais goûlé un... Ma foi! ce jour là je n'y tiens pas... Autant par faim que pour faire enrager la Chouette, je prends un sucre d'orge et je le mange. — Bravo, ma fille ! -— J'en mange un autre. — Bravo ! — Dame! je trouvais ça bon. Mais ne voilà -t-il pas une marchande d'oranges qui se met à crier à la borgnesse :