page suivante »
120 voyait l'humanité rangée sous ses lois, gravitant d'une? manière indéfinie vers un avenir de sainteté, de tempérance et de justice! L'unité, comme on le sait, était sa croyance scientifique. Quelques-unes des circonstances qui accom- pagnèrent la destruction de la société pythagoricienne, feraient penser que Pythagore et les siens portèrent bien haut leurs projets d'innovation. Il est certain qu'avant l'acte brutal, provoqué par Cylon, avant la sédition po- pulaire qui mit fin aux instituts de Crotone, de sourdes rumeurs les menaçaient déjà . Selon Dicéarque, Pythagore parvint à s'échapper de l'ingrate Crotone qui était devenue pour lui un lieu d'hor- reur et de sang. Il se retira d'abord à Locres. Mais dès que les habitants de celle ville apprirent son arrivée, ils lui envoyèrent quelques sénateurs, avec ordre de lui dé- clarer qu'ils le regardaient comme un homme extraordi- naire et plein de sagesse, mais qu'ils étaient contents de leur constitution et qu'ils voulaient continuer à vivre selon leurs anciennes lois (i). Ils le prièrent en consé- quence de chercher un autre asile, l'assurant en même temps qu'ils étaient prêts à lui fournir tous les secours dont il pourrait avoir besoin. I] est douloureux de le dire encore, ce noble génie, ce doux ami des hommes frappa vainement aux portes d'autres cités qui refusèrent le der- nier asile au vieillard malheureux. Celle grande existence alla s'éteindre obscurément à Métaponte, et l'histoire ne dit pas si ses paupières furent fermées par un de ses disciples échappés au massacre de YOmachoion; s'il eût la consolation d'entendre murmurer à son heure dernière la voix de l'amilié à laquelle il avait élevé un culte si fervent, (i) Dicéarque, cité par Porphyre, p. 56.