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voyait l'humanité rangée sous ses lois, gravitant d'une?
manière indéfinie vers un avenir de sainteté, de tempérance
et de justice! L'unité, comme on le sait, était sa croyance
scientifique. Quelques-unes des circonstances qui accom-
pagnèrent la destruction de la société pythagoricienne,
feraient penser que Pythagore et les siens portèrent bien
haut leurs projets d'innovation. Il est certain qu'avant
l'acte brutal, provoqué par Cylon, avant la sédition po-
pulaire qui mit fin aux instituts de Crotone, de sourdes
rumeurs les menaçaient déjà.
    Selon Dicéarque, Pythagore parvint à s'échapper de
l'ingrate Crotone qui était devenue pour lui un lieu d'hor-
reur et de sang. Il se retira d'abord à Locres. Mais dès
que les habitants de celle ville apprirent son arrivée, ils
lui envoyèrent quelques sénateurs, avec ordre de lui dé-
clarer qu'ils le regardaient comme un homme extraordi-
naire et plein de sagesse, mais qu'ils étaient contents de
leur constitution et qu'ils voulaient continuer à vivre
selon leurs anciennes lois (i). Ils le prièrent en consé-
quence de chercher un autre asile, l'assurant en même
temps qu'ils étaient prêts à lui fournir tous les secours
dont il pourrait avoir besoin. I] est douloureux de le dire
encore, ce noble génie, ce doux ami des hommes frappa
vainement aux portes d'autres cités qui refusèrent le der-
nier asile au vieillard malheureux. Celle grande existence
alla s'éteindre obscurément à Métaponte, et l'histoire ne
dit pas si ses paupières furent fermées par un de ses
disciples échappés au massacre de YOmachoion; s'il eût la
consolation d'entendre murmurer à son heure dernière la
voix de l'amilié à laquelle il avait élevé un culte si fervent,

  (i) Dicéarque, cité par Porphyre, p. 56.