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 exactement articulée. Procédant par voie d'exclusion, il a peu
enrichi la langue et l'a trop épurée.
    Vaugelas, qui réglementa la prose comme Malherbe la
poésie, reconnaît cependant l'usage comme autorité souve-
raine. L'usage a un faux air de suffrage universel; maison
 s'aperçoit bientôt qu'il en est de ce mot, comme de celui de
 consentement universel en philosophie, comme de celui d'as-
sentiment du peuple en politique. 11 faut obéir à l'usage, à la
loi : on en tombe d'accord; mais qui la fera? Ici l'on se di-
vise, l'on se jelle dans la distinction du bon et dumauvais usage.
 On s'arroge de présumer l'usage ou de le constater, et le droit
de le former, reconnu à tous en général, on le refuse dans
l'occasion à chacun en particulier; on ne recueille que les
voix amies, et l'on enferme le vote dans le cercle de ceux
dont le suffrage favorable est connu d'avance. Ainsi fait Vau-
gelas. Suivant lui, la cour et les bons auteurs forment l'usage :
la cour, dont il est l'arbitre; les bons auteurs, ceux qu'il re-
connaît pour tels. Il ne fait pas mention de la ville ni du
peuple.
    Je sais que le peuple n'est pas toujours un bon guide et
qu'on ne doit pas le suivre partout : s'il faut étendre logique-
ment le sens d'un mot, le détourner délicatement, ne deman-
dez rien a l'usage qui prend bien des corruptions sous son
égide. Mais quoique le peuple s'égare souvent, on ne peut
cependant rien faire sans lui : son initiative est quelquefois
funeste; sa sanction est toujours d'une nécessité rigoureuse.
S'il manque d'un mot, si un mot lui devient inutile, il le fait,
l'apprend ou l'oublie naturellement et à propos; et c'est ici
que l'empire de l'usage commun ne peut être contesté et qu'il
est légitime, caria foule a un instinct sûr et ne se trompe pas
sur ses besoins.
    De la langue ainsi tamisée fut donc rejeté tout ce qui était
antique ou populaire. A ce double titre les proverbes resté-