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41S sont pas passés! notre vanité nationale toujours prête à se grandir à l'aspect des œuvres contemporaines s'obstine à créer, quand elle serait bien plus riche si elle voulait seulement con- server; habitué à ne chercher presque uniquement que des con- ditions d'utilité immédiate dans toute œuvre des temps passés, le siècle voit disparaître sans s'émouvoir, tout ce qui ne lui offre qu'une valeur artistique; il faudrait des volumes pour dire toutes les richesses architecturales que la restauration et la révolution de juillet après elle ont anéanties; pertes immen- ses pour l'art et la science, que tout ce qui se produit de nos jours rendent encore plus regrettables. Sur tous les points du pays, on trouve des traces sacrilèges de cette inepte manie de deslruction; faut-il rappeler comment, à l'époque du sacre de Charles X, la cathédrale de Rheims fut indignement mutilée? Chargée du haut en bas d'admirables sculptures qui débor- daient son profil, on vint à penser que quelques unes pour- raient se détacher et tomber au moment où le roi passerait; pour se délivrer de celle appréhension, un architecte occupa pendant trois mois vingt ouvriers à faire tomber toutes les figures en surplomb! un pudique préfet en a fait autant à Brou pour toutes les nudités. De l'abbaye de Jumièges, il ne reste que ce que les Anglais n'ont pas voulu; à l'exemple, de lord Elgin, ils ont acheté au propriétaire ses merveilleux débris ; les Turcs ne vendaient que les monuments grecs, nous faisons mieux, nous vendons les nôtres. A Nevers, des églises du XI e siècle ont disparu complètement. A Laon, la tour de Louis d'Outremer a élé vendue à l'encan. La magni- fique église de Charilé-sur-Loire qui rivalisait avec les plus célèbres cathédrales, a montré pendant trente ans ses admira- bles richesses tombant en ruines. A Fécamp, un maçon s'est fait une charmante maisonnette avec les débris d'un jubé que le curé fit démolir, parce qu'il le dérobait aux regards de ses paroissiens. Tout récemment un architecte n'a-t-il pas osé