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46 soient, ils semblent encore vraisemblables. Il est curieux d'observer comment cet historiographe exceptionnel a su introduire nos illus- trations contemporaines dans le drame qu'il a improvisé. Essayons de suivre,l'auteur dans sa course éblouissante, et tâ- chons de conserver notre sang-froid en courant à sa suite au milieu des nuages sur lesquels il a élevé sa miraculeuse histoire. Vous qui avez douté de la mort de Napoléon, vous qui avez pleuré sur ses infortunes, vous qui le vénériez comme un dieu, vous, dont le sang a fertilisé les lauriers qui parent à jamais sa tête, vous, amis et admirateurs du grand homme, vous, soldats et peuples, ac- courez ! voici votre empereur à l'apogée de sa gloire ; sa statue vient d'être élevée sur un piédestal digne d'elle. Arrière ceux qui vou- laient la faire tomber sous la funeste atteinte de la foudre ; arrière les profanateurs ! Place à l'historiographe de Napoléon le Grand ! Ecoutez M. Geoffroy, voilà son histoire de votre empereur !!! I, Le 14 septembre 1812, l'armée française, poursuivant ces Russes qui toujours fuyaient devant elle, gravissait une chaîne de monta- gnes s'élevant comme un immense rideau derrière lequel Kutusof abritait sa retraite. L'empereur Napoléon, qui marchait un peu en avant de l'armée silencieuse, arrive le premier au point culminant de la montagne. Tout-à coup il s'arrête. Son regard domine sur une ville immense, entourée de nombreux faubourgs, décorée de tours, de clochers, de coupoles, de flèches qu'un brillant soleil dore de ses rayons. L'empereur s'écrie: Enfin voilà Moscou !... et ce cri, répété derrière lui par des milliers de bouches, roule comme un écho in- fini jusqu'aux derniers rangs de l'armée française. Cependant un silence de deuil règne dans l'ancienne capitale des Czars. La ville est déserte ; deux cent cinquante mille Moscovites ont suivi l'armée russe dans sa retraite. « Marchons, dit l'empe- reur en apprenant cette nouvelle, si Moscou est abandonnée par ses habitants, mon armée la repeuplera. «