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de les enfoncer profondément dans l'esprit, suivant les éner-
giques expressions de Montaigne. Or, sur ce point, la mé-
thode pour l'histoire n'est pas différente de la méthode pour
les autres sciences. II y a deux méthodes pour étudier et en-
seigner toute espèce de sciences ; l'analyse et la synthèse, la
méthode a posteriori et celle a priori. La méthode analytique
consisterait, pour l'histoire, à étudier les faits dans l'ordre où
ils se présentent, à suivre leur filiation, leur enchaînement,
avant de les classer, de les coordonner, de les réduire en
système. Assurément, cette méthode est celle que le savant,
l'homme d'études, doit suivre dans son cabinet. Mais elle ne
peut être la méthode de l'enseignement ; les élèves marche-
raient sans direction réelle, sans conscience du but qu'ils doi-
vent atteindre. Or, l'objet essentiel de l'enseignement spécial
de l'histoire, est d'éviter, aux jeunes intelligences, ce pénible
travail de recherches et de tâtonnements. Nous avons indiqué
déjà les dangers de la méthode synthétique. Par conséquent,
la méthode d'enseignement ne doit être ni purement synthé-
tique , elle serait trop vague, trop générale, trop peu instruc-
tive ; ni purement analytique, elle embarrasserait l'intelli-
gence et la mémoire d'une masse de dates et de faits sans
coordination, sans liaison, sans idées. Mais, réunissant les
deux procédés, l'enseignement historique doit partir de la
synthèse pour arriver à l'analyse : poser, d'abord, les grands
 faits et les divisions de l'histoire que l'on veut étudier ; en
montrer l'origine, la portée, les conséquences ; puis, dans ce
 cadre bien compris, faire entrer, à leur place, dans leur ordre,
 avec les détails que leur importance exige, les faits eux-
mêmes qui ne peuvent manquer alors d'être saisis et retenus
 avec toutes leurs circonstances et leurs dates, pourvu que la
division posée soit exacte et complèle. Telle est la méthode
rationnelle que nous nous efforçons de suivre ; telle est la mé-
 thode universitaire.