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163 Cette parole fut nécessairement analogue au* sensations qui en étaient la source ; les sons mélodieux marquèrent les émo- tions douces, les sons rauques les secousses pénibles ; la beauté, la légèreté, la force se peignirent par des intonations différentes, et chaque syllabe fut comme une note musicale dont, après tant de siècles écoulés, il nous est donné quelqufois encore d'entrevoir et de saisir la portée. Mais prétendre ana- lyser de nos jours tous ces accords de l'ame et la nature, vou- loir dire comment chaque perception rapide de forme, de mou- vement, de couleur affecta diversement le sens intime pour rejaillir en un son spécial, est une tâche qu'il serait vain d'en- treprendre, et à laquelle les plus ingénieuses hypothèses ne sauraient donner ni but ni certitude. Nous pouvons seulement reconnaître que les mots primitifs ont dû être en petit nombre et tous monosyllabiques ; que chaque élément de ces syllabes, désignant un objet principal, fut bientôt appliqué, avec des combinaisons diverses, à une série d'autres objets analogues qui servirent, à leur tour, de types à de nouvelles analogies ; qu'ainsi, par une marche progressive, les mêmes sons s'attri- buèrent à une multitude d'êtres toujours plus éloignés les uns des autres, et dont la filiation, quoique réelle, devenait tou- jours moins apparente. Guidée par cet instinct de comparaison inhérent à l'esprit humain, la pensée, infinie dans son essence, se plia sous les formes restreintes de la parole, en se confor- mant à des lois générales qui rangeaient dans la même classe toutes les choses susceptibles d'un rapprochement partiel. C'est ainsi que nous voyons, dans les langues les plus ancien- nes et les plus voisines de l'enfance du monde, les idées de hauteur et de profondeur, de cavité et de saillie, de chaleur et delumière, de froid et d'obscurité, s'exprimer l'une et l'autre parle même son comme étant de même origine. Nous reconnais- sons aussi dans ces idiomes que le mot qui nomme l'objet, celui qui le qualifie, celui qui l'active et l'anime, ne sont le