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392 scrupule; décidée à n'entreprendre ce travail, comme disent les grands faiseurs, que dans la ferme résolution de ne pas vous faire grâce de la moindre pièce de mon bric-à -brac, de vous écraser de tout le poids de mon érudition, je me suis de- mandé si, bien qu'ennuyer mes lecteurs (pluriel ambitieux) me fut un droit acquis, il m'était permis d'agir de même avec mes amis; dans tout autre circonstance, ma conscience aurait dit : non ; mais il s'agissait de tuer les longues heures du diman- che, elle ne dit mot. Je m'établis donc dans un de mes grands fauteuils Renaissance, entourée de mes beaux et bons chiens qui manifestaient leur joie d'être auprès de moi dans ce langage impatient, désordonné, fou que les pauvres bêtes inventent, je crois, pour prolester contre la puissance qui a oublié de leur accorder la parole, et je n'entendis bientôt plus ni les cloches, ni la pluie L'imagination la plus poétique a beau appeler l'érudition à son secours pour reconstruire, aux époques reculées, l'ensem- ble de la vie pratique et habituelle de nos pères, elle n'y ar- rive presque jamais qu'à travers d'imparfaites ébauches promptes à s'effacer; des gens bien avisés imaginèrent qu'à l'aide de patientes et laborieuses recherches, il ne serait pas impossible de reproduire matériellement l'intérieur de ces habitations moitié forteresse, moitié palais, où les mœurs du temps sont écrites dans ces immenses salles aux plafonds sculptés, aux murailles ornées de tentures d'Arras ou de Bru- ges, véritables histoires à l'aiguille ; où les bahuts portaient des clepsydres chargés d'eau parfumée ; ou les dressouers étaient couverts de ces belles vaisselles d'argent mises à la mode par Charles V et ses fils, et de ces aiguières d'or habi- lement ciselées, que surpassèrent depuis Benvenuto, Briol et ]es autres grands artistes du règne de François I er ; parmi ces richesses brillaient aussi les merveilleuses verroteries de Ve- nise, et quelques-uns des beaux plats dûs au génie de Palissy.