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238 chie catholique, quand on l'envisage dans son ensemble et dans un poétique lointain. Du choc des lances qui se brisent dans les tour- nois, des dextriers qui heurtent leurs armures de fer, des chevaliers qui se précipitent à la conquête d'un tombeau et d'un empire; du conflit de ces disputes théologiques où se réveillent les éternels pro- blèmes de la raison, de ces idiomes qui meurent ou se forment, do ces chants merveilleux qui raniment toutes les gloires et invitent toutes les ambitions, de tant de bruits semble se former un magni- fique concert dont l'effet général est imposant. Mais, dans un âge héroïque, tous les hommes ne sont pas des héros. Il est curieux et presque consolant pour notre faible nature d'arra- cher le haubert de ce siècle chevaleresque, et de le contraindre à lever la visière; de voir que, sous ces longues robes fourrées de vair et d'hermine, battaient des cœurs, hélas ! fort semblables aux nôtres ; et que si le costume est changé, l'homme du moins est toujours le même. C'est ce qu'a fait la satire contemporaine. Tandis que les chansons de geste et les romans de chevalerie nous montrent le côté brillant de la société féodale, les malicieux fabliaux, les sirventes acérés, l'admirable roman du renard, et avant tout par la date, sinon par le talent, les deux bibles satiriques de Guiot et de Bersil nous décou- vrent l'intérieur de ces châteaux, de ces couvents, nous dévoilent les petites et les grandes misères cachées sous cette surface hé- roïque. La satire est le contre-poids de l'épopée : c'est la prose de la poésie. Le poème de Guiot de Provins, dont nous allons parler aujour- d'hui, remonte au commencement du XIII e siècle, et peut-être aux dernières années du XII 0 (1). L'auteur lui a donné le nom de bible, (i) Nous ne concevons pas que M. Bruce Whyte, dans l'Histoire des langues romanes qu'il a publiée l'année dernière, ait placé la composition de la Bible Guiot au milieu du quatorzième siècle. Le savant anglais n'y avait-il pas lu ces vers, qui nous semblent décider la question ? TA ëc l'empereur Fert-i Vous puis bien dire que JE VI Qu'il tint une cour à JMayence.