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307 aux contours gracieux d'une amphore. Alors la parole est pour ainsi dire métrique; pas une passion, pas un sentiment n'agite l'homme qu'à l'instant des phrases cadencées n'en vien- nent embellir l'expression. A défaut de l'écriture, le vers a dû être souvent un moyen de rappel : les syllabes sont com- ptées, leur place est marquée et la mémoire n'en peut oublier aucune qu'à l'instant l'oreille ne l'en avertisse. Mais parce que le propre du langage métrique est d'être presque inaltérable dans la bouche des hommes, faut-il le ravaler au rôle d'aide- mémoire et oser dire que c'est le besoin de fixer nos souvenirs qui lui a donné naissance? Tout ce qui parle aux yeux, tout ce qui séduit l'oreille se se trouve donc au plus haut degré dans les langues primitives. Puis, à mesure que les sociétés vieillissent, la parola devient abstraite et sourde, se détachant autant qu'il est ; visible de ce qui est extérieur. Les métaphores voilées ne laissent plus transparaître l'image : c'est la poésie qui s'en va ; !H richesse et l'éclat des premiers sons s'appauvrit et s'éteint (1) : c'est la musique qui s'envole. En môme temps que tarit cette poésie des premiers âges, la perfection de sa forme dégénère. Dam les langues de se- conde formation la rime remplace le nombre. La prononcia- tion ne faisant plus ressortir d'une façon marquio l'inégale durée des syllabes, le rhythme ne serait plus appréciable si îe retour d'un son attendu n'avertissait de la fin du vers. Les accent disparaissent aussi: les syllabes ramenée^ à u:sc'/j:;'e identique sont soumises au niveau d'un même ton. La paroîe en prend un aspect terne et monochrome. Mais on a juste- ment remarqué (2) que l'absence d'accent à une place et sur une syllabe déterminée avait, surtout dans la langue fran- (t) D'après M, ,T. J. Ampère. (2) La Meunais.