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  aux contours gracieux d'une amphore. Alors la parole est
 pour ainsi dire métrique; pas une passion, pas un sentiment
 n'agite l'homme qu'à l'instant des phrases cadencées n'en vien-
 nent embellir l'expression. A défaut de l'écriture, le vers a
 dû être souvent un moyen de rappel : les syllabes sont com-
 ptées, leur place est marquée et la mémoire n'en peut oublier
 aucune qu'à l'instant l'oreille ne l'en avertisse. Mais parce que
 le propre du langage métrique est d'être presque inaltérable
 dans la bouche des hommes, faut-il le ravaler au rôle d'aide-
 mémoire et oser dire que c'est le besoin de fixer nos souvenirs
qui lui a donné naissance?
    Tout ce qui parle aux yeux, tout ce qui séduit l'oreille se
 se trouve donc au plus haut degré dans les langues primitives.
Puis, à mesure que les sociétés vieillissent, la parola devient
 abstraite et sourde, se détachant autant qu'il est ; visible de
ce qui est extérieur. Les métaphores voilées ne laissent plus
transparaître l'image : c'est la poésie qui s'en va ; !H richesse
et l'éclat des premiers sons s'appauvrit et s'éteint (1) : c'est la
musique qui s'envole.
    En môme temps que tarit cette poésie des premiers âges,
la perfection de sa forme dégénère. Dam les langues de se-
conde formation la rime remplace le nombre. La prononcia-
tion ne faisant plus ressortir d'une façon marquio l'inégale
durée des syllabes, le rhythme ne serait plus appréciable si îe
retour d'un son attendu n'avertissait de la fin du vers. Les
accent disparaissent aussi: les syllabes ramenée^ à u:sc'/j:;'e
identique sont soumises au niveau d'un même ton. La paroîe
en prend un aspect terne et monochrome. Mais on a juste-
ment remarqué (2) que l'absence d'accent à une place et sur
une syllabe déterminée avait, surtout dans la langue fran-

  (t) D'après M, ,T. J. Ampère.
  (2) La Meunais.