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351 nourri des traditions platoniciennes. Avec ce style qui n'est jamais simple, qui ne peut être souple, il estime multitude de choses que l'orateur est obligé de passer sous silence, une foule de détails ingénieux et attrayants, féconds en lumière, auxquels il lui est impossible de descendre, parce que ce style et non la pensée le tient en l'air. Et notez en outre que ce style, si ami de la pompe, ne l'est pas de la couleur. Le pittoresque est près de lui suspect de mauvais goût. Le pittoresque ne s'obtient qu'au moyen de transitions brusques du simple au coloré, par des jeux tranchants de lumière et d'ombre, il a besoin de con- cision et de hardiesse. Mais le style académique, le style à périodes a horreur du simple et pourtant il est timide avec tous ses ornements continus, similaires et proportionnels. Ce qu'il lui faut, ce sont des lieux communs, espèce de charpente de louage, à laquelle il se plaît à suspendre ses éternels baldaquins. Comme il ne procède pas du fond des choses, il est toujours souve- rainement artificiel, et voilà pourquoi le livre de M . Plantier est comme dé- pourvu de tout parfum biblique. Le lecteur sent qu'il n'est pas là sur la vraie terre des Hébreux, mais sur un sol conventionnel, M . Plantier dit, quelque part, qu'aux Muses sacrées appartient le théâtre de son enseigne- ment. Par ce mot il se juge lui-même et très durement. J e suis bien aise de citer quelques lignes de sou livre pour donner une idée de sa manière. J e prends le commencement de la quatrième leçon sur Moïse. Le professeur avait à dire qu'après s'être occupé de la métrique des Hébreux, il allait passera des considérations moins arides. MESSIEURS, « D'aventureux voyageurs franchissant, au début de leurs courses, des che- mins escarpés ou des landes arides, et parvenant ensuite à de magiques palais, où mille enchantements éblouissent leurs regards, et leur font oublier leurs fa- tigues, voilà , j ' e n s u i s sûr, un tableau que vous avez tous rencontré dans les fictions de quelques vieux poèmes, ou les récits merveilleux de nos antiques légendes, et c'est là comme une image de notre marche littéraire. J e ne vous ai promené jusqu'à présent qu'au travers de considérations grammaticales el de recherches techniques, mais aujourd'hui c'en est fait, je vous arrache, pour n'y plus revenir, à ces voies désolées; le temple enchanté de la poésie bibli- que va nous ouvrir à l'instant ses b a r r i è r e s , et désormais ma fonction plus heureuse n'aura plus d'autre objet que d'étudier, sous vos yeux, les génies immortels qui peuplent ce sanctuaire ; de vous faire entendre non pas immé- diatement, mais au moins par échos, les célestes accents de leurs Muses (encore les Muses), et d'effacer en vous, par le charme de cette mélodie, le souvenir de tous les termes philologiques, dont le dur tintement, dans nos précédentes le- çons, déchira votre oreille. Si c'est un précepte de rhétorique que d'être simple en commençant, il faut avouer que M . Planlier l'a bien oublié. Quelques lignes plus bas, le professeur, abordant le sujet de la leçon, se met en scène à la manière des modernes, toujours prêts à raconter leurs impressions de voyage : « J'étais un jour dans une basilique de R o m e ; assis en face de l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture italienne, le Moïse de Buonarotli, je contemplais avec enthousiasme les beautés mâles et sévères de ce monument fameux, lorsque soudain, rompant avec mon admiration pour faire de la philosophie, j'essayai de m'expliquer pourquoi Michel-Ange avait traduit ce thème avec tant de gé- nie el fait du marbre qui le représente la gloire de son ciseau. Voilà un tour de phrase qui intéresse et qui promet.