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   sacrés, voidoiv faire de l'esthétique, sans toucher aux questions philosophiques
   et historiques, étudier les hommes en dehors du milieu où ils ont \ cou, en de-
   hors de leur nationalité, c'est se condamner de gaité de cu-nr à ne faire qu'une
   critique incomplète et vulgaire, surtout lorsqu'on s'occupe d'une littérature
   comme celle des Uéhrcux où la poésie et l'action, le poète et l'homme n'étaient
   jamais dédoublés.
      Aussi éprouve-t-on, en parcourant le livre de M . Plantier, un sentiment pé-
   nible à voir tous ces prophètes, ces législateurs, ces rois transformés en espèce
   aVliowmts de lettres. A tout moment il nous parle de leur lyre et de
   leur Muse. Ainsi, après nous avoir longuement dépeint David emporté par la
  triple ambition de l'administration de la politique et de la guerre, il ajoutera :
   « David ne pouvait sacrifier à la poésie que les baltes de ses campagnes, ses
  repos sous la lente, à la suite d'une victoire ou dans l'intervalle de deux en-
  gagements, les interruptions jetées pa ' le hasard dans la succession de ses affai-
  res, et parée que ces moments étaient toujours aussi rapides qu'ils étaient rares,
  il était impossible que sa Muse, (toujours les Muses) s'exhalât en accents pro-
  longés. L'enthousiasme devait passer sur lui comme la brise du soir sur ia
  harpe éolieime, ne ravissant à son ame que des notes brisées et fugitives. »
      J e laisse de coté cette raison singulière et puérile donnée par M . le profes-
  seur pour expliquer comment David voua, d'après son langage, les prdféreueex
  de son génie ù lu composition lyrique, et pourquoi, par exemple, il n'a pas l'ail
  une épopée en vingt-quatre chants, mais je demande au lecteur s'il n'est pas
  disposé à plaindre ce pauvre roi David qui n'avait pour sacrifier ù la poésie que
 le peu d'instants que lui laissaient ses affaires. Comme cette grande figure du
 roi-prophète est rapetissée! vous lui avez ôté son sceptre, sa couronne, son glaive,
 et, pour les remplacer, vous lui donnez une plume, une Muse, une l j r e , et vous
 le faites travailler à la composition lyrique. Il n'y a pas jusqu'à celle langoureuse
 et surannée métaphore de la harpe éoliemie qui ne contribue à donner une
 fausse idée du caractère de la poésie de Pavid chez qui, certes, le seiitimeul
 n'exclut pas la forée.
     En ce qui est de l'érudition, ou ne peut pas adresser à M. Plantier le r e p r o -
 che d'avoir voulu éblouir son lecteur par l'étrangeté des citations ; mais il a
 encouru le reproche contraire, celui de n'avoir pas fait, pour les incruster dans
 son style, un choix de textes assez précieux, assez rares. Un lambeau de phrase
 arraché à une préface de M . de Lamartine, quelques lignes de M . Poujoulal,
  ou d'un article (le la Revue des Deux Mondes, ou bien encore quelques mois
 empruntés à M. Villemain, particulièrement affectionné par l'auteur, tout
 cela ne suffit pas à défrayer convenablement un volume absolument dépourvu
 de théories.
     M. Plantier est, avant tout, rhéteur par le fond et par la forme. Par le fond :
 de la, cette absence d'idées générales, d'aperçus nouveaux ; son regard manque
 de cette pénétration qui perce les voiles, saisit les secrets du génie, de cel
 instinct d'assimilation qui met le critique en rapport avec l'homme qu'il étu-
 die et l'époque où il a vécu. M. Plantier n'a pas non plus un système esthéti-
que en vertu duquel il juge et compare, mi ensemble de vues et de princi-
pes sur la poésie, sur le beau, qui ressorte de la lecture, de son livre. Rhéteur
par la forme : de là, cette période qui n'a plus de fin, période compassée à
phrases incidentes correspondantes, période où le mol a plus de valeur comme
remplissage symétrique et sonore que comme idée, où l'image est perpétuelle-
ment étendue sur te style comme une couche épaisse de vernis qui en allourdil
les plis et l'empêche de coller à la pensée. C'est le style classique de la pire
espèce. Un seul homme de génie peut-être l'a manié avec puissance, c'est Cieé-
ron qui n'était pas seulement un grand orateur, mais un grand philosophe,