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    Mais par cela môme que la méthode sera rationnelle et que
l'intelligence obtiendra dans l'enseignement de l'histoire sa
juste part, nous ne pouvons ni ne devons nous borner à pré-
senter seulement les faits ; nous devons essayer de les juger.
Or, sur quelle base, sur quels principes reposera notre juge-
ment ? Telle est une des plus graves questions que nous ayons
à résoudre. La première condition qu'ait remplie tout grand
historien, est d'avoir eu un système, d'avoir été inspiré, par la
passion quelquefois, le plus souvent par une idée, qui a
donné h son œuvre de l'unité, à son style cette couleur vive et
cette animation permanente dont Cicéron faisait la condition
même et l'essence du style, lorsqu'il le définissait : motus
animicontinuus. Hérodote était inspiré par le sentiment du
patriotisme hellénique, en racontant la lutte de la Grèce con-
tre les Perses ; Thucydide, en écrivant la guerre du Pélopo-
 nèse, restait fidèle à cette ingrate patrie qui l'avait exilé ; les
historiens de Rome, Tite-Live surtout, croyaient, avec une
foi sincère, au droit de conquête des Romains sur tous les au-
 tres peuples , et à l'éternité de ce Capitole dans lequel ils con-
 centraient toutes les gloires de la patrie : Capitoli immobile
 saxum. Tacite admettait la moralité supérieure des nations
 barbares, et rapprochait, avec dédain pour le temps présent
 et enthousiasme pour les siècles passés, les mœurs de l'époque
 impériale et celles de la république. Au moyen-âge, le grand
 historien Villani portait daus l'histoire les mêmes passions gi-
 belines que son contemporain Dante reproduisait dans la
 Divine Comédie. Plus lard, Rossuet montrait partout l'action
 de la Providence et les desseins éternels de Dieu, pour la pro-
 pagation du christianisme. Montesquieu s'inspirait d'un
 amour sincère pour la liberté et la réalisation, par les lois hu-
 maines, des grands principes que Dieu a mis au fond du cœur
 de tous les hommes. Nous ne pouvons pas plus échapper que
 nos prédécesseurs à cette nécessité d'une idée générale qui