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INFLUENCE DÉS DOCTRINES DE STRAUSS EN ALLEMAGNE. "Voici des faits qui prouvent quelle est actuellement en Allemagne l'influence des doctrines de Strauss. Nous lisons, dans un extrait de la Gazelle de Kœnirjs- berg (correspondance de Berlin, 12 juin), cité par la Gazelle d'Augsbourg : « Une société vient de se former qui ne tardera pas à avoir un grand reten- tissement, si elle peut produire au dehors ses principes. Un grand nombre d'hommes, qui tous sont dans le mouvement philosophique le plus avancé, veu- lent se constituer en une société qui aura pour nom la société des libres (Freien). Leur tendance est semblable à celle des Philalèthes de Holstein, qui est déjà formée depuis plusieurs années, et dont voici les principes. La conviction fondamentale de la philosophie moderne est, d'une part: que. toutes les pré- tendues révélations sur lesquelles s'appuient les religions positives sont inven- tées; d'autre part, que l'esprit humain, par ses propres forces, peut nous don- ner des notions justes sur tous les objets placés au-dessus du monde sensible. Leur but est de faire sortir cette conviction du cercle étroit de la science pour la faire pénétrer dans la société. Ils rejettent donc la Bible comme source de vérité, et ne veulent pas remplacer la tradition par aucun autre symbole reli- gieux, déterminé. En général, ils ne veulent pas poser de dogmes positifs, mais lever le drapeau de l'autonomie de l'esprit. Intérieurement, ils se détachent en- tièrement de l'Eglise, ils le feraient aussi extérieurement, s'ils ne voulaient pas éviter le conflit avec l'Etat qui est encore si intimement lié avec l'Eglise. Les membres de cette société ne veulent donc pour le moment se séparer de l'E- glise qu'autant qu'ils le peuvent, sans violer les lois de l'Etat. Us s'abstiennent de la fréquentation de l'Eglise et de la Cène, mais ils se soumettent aux forma- lités ecclésiastiques dont l'Etat exige l'accomplissement, comme le mariage et le baptême. La société de Berlin, au contraire, aura des allures plus décidées. Sa première démarche sera de déclarer publiquement et avec la signature de tous ses membres la séparation d'avec l'Eglise. Us croient que le temps de cette déclaration est venu, ils croient dans leur devoir de désavouer des traditions qui leur sont devenues étrangères depuis longtemps, et de se soustraire aux obligations qu'ils ne peuvent plus consciencieusement accomplir. Ils veulent se décharger du reproche d'hypocrisie qu'ils mériteraient en gardant le silence. » La Gazette d'Augsbourg, à laquelle nous empruntons cette citation, en ajoute une autre à l'appui qui n'est pas moins intéressante, et qui prouve avec quelle liberté on écrit et on pense en Allemagne. Cette citation est extraite des An-