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90 morale, car la morale doit avoir une valeur absolue. C'est d'Aris- tote seulement que date la dénomination empirique d'éthique ou de morale ; ce philosophe appliqua à la morale, comme à la politique et à la poétique, la même méthode à l'aide de laquelle il avait créé les sciences naturelles, et cette mélhode, légitime dans ces sciences, est impuissante dans l'ordre ontologique, jamais elle ne donnera le cri- térium certain du bien, du vrai et du beau. La religion ne connut jamais ce mot de morale dans le sens que lui donna la philosophie; et voyez comme le mot chrétien est plus profond, plus exact et plus réellement philosophique que celui d'Aristote; ce mot, c'est celui-ci, la loi. La Bible ni l'Evangile n'ont jamais commandé au nom de la morale, c'est-à -dire des habitudes, des conventions relatives, mais au nom de la loi, c'est-à -dire du principe de vie invariable et ab- solu. Les êtres ne subsistent que par leurs lois; l'homme, être intel- ligent et libre, ne peut réaliser sa véritable vie que par la connais- sance et l'observation de sa loi; rigoureusement, au lieu du mot de morale, c est donc celui de loi que la philosophie devrait em- ployer. En tête de la morale, se présente un problème aussi redoutable que celui de la création résolu déjà par le livre de l'Unité d'une manière si satisfaisante pour la raison et pour le cœur. L'homme a été créé par l'amour pour être le complément de l'amour; les trois personnes de l'Être absolu, quoique se suffisant à elles-mêmes, de- mandent comme un quatrième terme qui viennent constituer l'être dans toute la perfection de son bonheur infini, de même que les trois premières notes de l'accord, quoique suffisant à l'oreille, nous lais- sent désirer l'octave pour la production de l'accord parfait. Ce qua- trième terme produit par l'amour infini pour vivre de sa vie et ache- ver sa perfection, c'est l'humanité. Mais pourquoi l'humanité créée n'a-t-elle pas été mise immédiatement en possession de cette vie ab- solue qui l'attend, pourquoi l'homme a-t-il été placé dans ce monde, pourquoi la souffrance, pourquoi la lutte? Voici comment M. Blanc-St-Bonnet répond à ces questions : Pour que l'homme fût conforme à la loi de l'Être absolu, pour qu'il fût l'accomplissement de l'amour et du bonheur infini, il fallait qu'il fui apte à sentir le bonheur, qu'il eût un moi, une personna-