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 cette vie absolue pour laquelle l'homme a été fait, quelle est la vie
 de Dieu? c'est l'amour; l'homme a été créé par l'amour et pour
 l'amour, par l'être absolu et pour l'être absolu, tel est l'enseigne-
 ment ontologique qui sert de base à la morale!
    Or, l'homme évidemment ne possède pas encore cette vie abso-
 lue pour laquelle il a été créé ; par quel moyen peut-il se rendre apte
 à vivre de Ja vie de Dieu? En devenant semblable à Dieu même,
 c'est-à-dire, en vivant par l'amour, en devenant amour ; la grande
 loi morale est donc celle-ci : Aimer; aimer Dieu; tous les autres pré-
 ceptes ne sont que des conséquences de celui-là, il contient à lui
 seul toute la morale. Le christianisme l'a dit : aimer c'est le com-
 mandement qui renferme tous les autres. Ainsi, la philosophie et la
 religion, la raison et la tradition s'accordent pour le proclamer;
 l'amour! voilà toute la loi ! Mais l'homme pour réaliser sa loi a été
 placé dans un certain milieu et pourvu de certaines facultés, la
science morale suppose la connaissance de toutes ces conditions, les
formules pratiques sont rédigées d'après les données de la psycho-
logie et de plusieurs autres sciences, mais ces formules ne sont que
les conséquences de la loi, elles ne sont pas la loi elle-même, cette
loi ne peut ressortir que de l'ontologie.
    Si nous cherchons pourquoi certains philosophes ont subordonné
la morale à la psychologie, nous en trouverons l'explication en exa-
minant la nature de ce qu'ils ont appelé la morale ; en effet, leurs
traités sur la morale ne sont-ils pas exclusivement consacrés aux
applications de la morale ; aucun d'eux n'a possédé la loi morale
elle-même dans sa véritable unité ; tous ceux qui ne sont pas partis
d'un faux principe pour construire une morale à leur guise, n'ont
fait qu'enregistrer empiriquement les idées généralement reçues.
    Cette dénomination même de morale a une origine empirique
qui atteste la valeur purement relative de cette science, telle qu'elle
a été faite par le plus grand nombre des philosophes. Les termes
d'éthique ai de morale viennent tous deux de mots qui signifient cou-
tume, habitude, et, par conséquent, morale veut dire science des
coutumes, des mœurs, science de ce qui se fait, des usages conven-
tionnels, plutôt que science de ce que l'on doit faire, de la règle de
conduite absolue ; l'on conçoit facilement que ce n'est pas là la vraie