page suivante »
nauté qui croit posséder à elle seule le salut. Si, malgré cela, Strauss reste encore extérieurement dans le nombre de ceux qui s'appellent chrétiens, s'il croit que le philosophe peut permettre qu'on présente son enfant au baptême, c'est qu'une conduite conséquemment philosophique entraînerait une foule de désagréments dans la société. Les états chrétiens dans les- quels nous vivons n'en sont pas encore venus au point de comprendre qu'il puisse y avoir des hommes qui n'appartien- nent à aucune des communautés religieuses existantes. Le philosophe se borne donc à appeler de tous ses vœux le jour bienheureux où l'état comprendra sa tâche et saura rendre l'Eglise inutile en la remplaçant. Peut-être, dit Strauss, mon livre est-il écrit pour une Eglise future, pour la communion de ceux qui ne croient qu'à l'esprit. D'un autre côté, Strauss combat également la philosophie théiste de nos jours où, comme il a coutume de dire, la phi- losophie moderne de la réflexion, à laquelle il oppose ht philosophie spéculative c'est-à -dire panthéiste. La première tolère tant bien que mal une foule d'idées contradictoires, une foule de dualités inconciliables, comme celles d'esprit et de matière, de liberté d'un côté et de nécessité et de prescience divine de l'autre, de bien et de mal, de moi et de non moi. Toutes ces oppositions ont été non pas confondues par la phi- losophie spéculative, mais résolues et réduitespar elle à l'unilé. Cette philosophie a prouvé que toutes ces contradictions a p - parentes n'étaient que les différentes phases (moments) du développement de l'idée. Car l'essence de l'idée c'est non pas de rester immobile et renfermée en elle-même (thèse), mais de sortir d'elle-même, de se produire au dehors, de s'opposer à elle-même (antithèse), pour revenir de nouveau à l'iden- tité avec elle-même, mais à une identité plus élevée, plus parfaite que celle dont elle est partie, parce qu'elle contient la conscience de tout ce développement (synthèse). Le monde