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3 M) souvent aussi un fléau. Quand, par exemple, on a trouvé une comparaison dont on attend un certain effet, si elle ne se superpose pas exactement à l'idée, plutôt que d'y r e - noncer on fausse l'idée, on l'exagère, on la restreint à la mesure de l'accessoire brillant qu'on a résolu de lui atta- cher: c'est couper le tableau d'après les dimensions et la forme du cadre. Frappés de ces écarts, dégoûtés des images par une cer- taine intempérance moderne qui les accumule sans choix, quelques-uns se sont efforcés de croire que les langues, en vieillissant, doivent devenir de plus en plus abstraites et dépouiller enfin tout à fait, la parure de leur jeunesse. Mais, quelque soit le développement de sa pensée, l'homme ne se détache pas de ses premiers instincts, et la satisfaction excessive qu'on a pu leur donner prouverait au besoin qu'ils ne sont pas près de s'éteindre. Le fond de nos langues est tout sensible et figuré et il n'est pas en notre pouvoir d'en extirper les racines. S'il est vrai que, de nos jours, on connaisse mieux toutes les ressources de l'expression, il est moins permis que jamais d'en négliger aucune. Il faudrait fuir la science de la pa- role, comme funeste, si elle devait entraîner la perle de son plus bel ornement et de même la botanique si elle devait nous conduire à dédaigner les fleurs. Cueillons donc sans scrupule celles qui croissent le long de notre route, car elles nous appartiennent ; celles que nous apercevons au loin nous sont seules interdites. Mais partout où le style se pré- occupe trop de lui-môme et tend à maîtriser la pensée ; partout où le mot supplée à l'idée et en dissimule l'absence, où, quand elle a cessé, la phrase continue encore; partout où l'imagination se fait la compagne trop assidue et trop peu soumise de la raison, il y a lieu de rappeler celle vieille et bonne maxime : « Le plus parfaict mirouer n'est le plus