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311 gement aux impressions fugitives de l'oreille , pour que les relations des mots puissent être bien senties et nette- ment exprimées. Pour fixer une langue, le premier pas est d'en fixer les mots sur le papier. Transformé par les jeunes sociétés barbares le latin avait élé conservé par l'Eglise dans un état de pureté relative; elle avait adopté, comme lien commun de toutes les parties de l'empire chrétien, celte langue que les conquêtes des Ro- mains avaient rendue universelle. Et, parce que, du sein de l'Eglise qui lui avait prêté asile, sortit toute science, toute clergie, la langue des prêtres fut aussi la langue des savants. Comment donc se serait perfectionnée la langue nouvelle quand tous les hommes de choix, lous ceux dont les pensées s'élèvent au-dessus des soins de la vie matérielle avaient recours pour les exprimer à un autre idiome ! Au moment où tous les élé- ments d'une langue entrent en fusion, il faut que des ouvriers intelligents veillent autour de la chaudière l'écumant avec dis- crétion, la purifiant sans l'appauvrir; mais ces ouvriers ne sont venus que bien tard. Si la langue ainsi délaissée languit dans son abjection, les savants ne souffrent pas moins de cet abandon. Déjà isolés par leurs études, leur esprit s'alourdit dans les entraves d'une langue morte, et s'ils daignent descendre à celle du peuple, ils la parlent comme une langue étrangère. Loin du com- merce des hommes, ils n'acquièrent pas le tact, ni l'ap- préciation rapide des rapports un peu délicats. Le frotte- ment social n'adoucit pas l'aspérité de ces esprits et le champ reste libre à lagrossièreté, et à la vanité pédantes- que. Un jour enfin l'on s'aperçoit que « notre langue vulgaire « n'est tant vile, tant inepte, tant indigente et a mépriser que « l'estiment les pédans ; » raafs Rabelais, malgré ces paro- les et le reproche qu'il fait à certain écolier limousin, dédoi-