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firmer quelquefois ce que l'histoire n'a fait qu'indiquer et son
témoignage changer une conjecture en certitude. La parole
et les actions d'un peuple traduisent également ses idées et
nous devons, pour les mieux pénétrer, étudier les mots elles
faits.
III.
Il faut que cette étude comparée soit poursuivie dans la
même langue par le rapprochement de ses formes successives.
La connaissance de ses origines et de son histoire peut seule
nous en livrer tous les secrets.
La langue française et les autres langues contemporaines
n'ont pas leur source dans le calme des premiers âges et ne
sont pas un produit naturel, une expansion naïve de cette
faculté que Dieu a donnée à l'homme et dont je viens d'indi-
quer les procédés. Elles se forment au milieu des bouleverse-
ments du monde; c'est un torrent qui sort du sein d'un orage
et roule les débris du passé. A la limite des temps anciens
naissent les langues modernes ; la parole et les idées se re-
nouvellent ensemble. Mais ainsi que l'homme ne rejette
jamais entièrement le fond de ses idées, mais les transforme,
les augmente, de même il forma les langues nouvelles sous
l'empire des traditions de la parole antique.
Le français se rattache au latin par une filiation évidente.
Les mots qu'il a reçus des autres idiomes se perdent dans
l'abondance de ceux que la langue latine y a versés, et le nom
de roman qu'il a porté longtemps atteste la prédominance
des éléments romains. La langue primitive des Gaules, comme
la civilisation imparfaite dont elle était l'expression, dut céder
à l'ascendant de Rome et plus lard la conquête germanique ne
modifia que faiblement cet état de choses. Les Francs se ren-