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   Mes lecteurs me permettront de varier mou sujet, en mettant
maintenant sous leurs yeux quelques vers français, qui ne sont que
des imitations plus ou moins fidèles, plus ou moins heureuses, soit
de Sénèquo, soit des autres anciens que j'ai cités. Je n'en choisirai
qu'un petit nombre dans tous ceux qu'on peut compter, depuis
ces vers d'un poète bourguignon du dix-septième siècle (1):
              La Saône lente au Rhône preste
              Les douces ondes qu'elle jette ;
jusqu'à la complainte, devenue populaire, sur nos inondations de
 l'an dernier, dont l'auteur, traduisant le segnem Ararimde Pline,
vraisemblablement sans s'en douter, a dit des pluies qu'elles
                      Ont grossi subitement
                      La Saône si nonchalante.
  Un poète plus distingué, le fils du grand Racine, célébrant dans
son poème les martyrs de la foi chrétienne aux premiers siècles, n'a
pas oublié ceux qui souffrirent à Lugdunum sous Marc-Aurèle et
sous Sévère ; il adresse ces beaux vers à l'église vénérable des saints
pontifes Polhin et Irénée (2) :
            Tes illustres martyrs sont tes premiers trésors,
            Opulente cité, la gloire de ces bords
            Où la Saône enchantée à pas lents se promène,
            N'arrivant qu'à regret au Rhône qui l'entraîne.
    Dans une petite pièce do Fontanes, qui fut composée à Lyon, on
lit ces vers à images gracieuses (3) :
            Ici la poésie, au siècle heureux des fables,
            Eut dit qu'en ces vallons, dans le mois des amours
            Les nymphes, à dessein reprenant leurs atours,
            De la Saône à mes pieds par le Rhône entraînée
            Viennent orner le lit et fêler l'hyméuée.

liouueltes; mais de ces vers tant vantés les quatre derniers me paraissent
tout ce qu'on peut voir d'exagéré, d'embrouillé et de faux. Par exemple,
qu'y a-l-il de plus absurde que cet hémistiche : Quod nolis, alibi qureras,
comme si l'on cherchait quelque part ce dont on ne veut point?
   (1) On peut voir les Mélanges de M. Bréghot, p. 487.
   (2) Lu Religion, ch. IV.
   (ô) Œuvres, édit. de Sainte Beuvo, loin. 1 p. 415,