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je trouve dans un ouvrage sur Lyon, d'une époque bien plus
récente (1).
            D'un superbe coleau j'ai vu la cime altière,
            Où l'asire des saisons, rayonnant de lumière,
            Sorti dn sein des mers, lance ses premiers feux.
            Au pied de ce coteau le Rhône impétueux
            Précipite ses flots, et la Saône incertaine
            N'arrive qu'à pas lents au Rhône qui l'entraîne (2).

    La pensée la plus saillantedu passage original de Sénèqueest dans
le contraste marqué et plus ou moins bien rendu par les imitateurs,
entre les cours si divers de nos deux fleuves : l'un fuyant vers les
mers à flots rapides et presque torrentueux; l'autre lent et paisible,
 hésitant, en quelque sorte, sur la direction de ses ondes, et semblant
quittera regret les bords heureux qu'il arrose. C'est que cette opposi-
 tion réelle et frappante existe dans la nature, comme dans les vers
 du poète; et, bien plus que toute autre circonstance de localité, elle
devait attacher l'attention de tous ceux qui voyaient à Lugdunum
la jonction de la Saône et du Rhône. Aussi celte idée domine-t-elle
dans tous les passages où les écrivains de l'antiquité ont eu occasion
de parler de cesfleuves: c'est à tel point qu'ils sembleraient s'être
imités successivement. La Saône surtout, si différente des autres ri-
vières, paraît les avoir charmés; nous voyons du moins qu'ils s'en
sont occupés bien plus que de son époux impétueux, quoique celui-
ci fut placé au premier rang des fleuves qui arrosent les Gaules (3).
Je vais citer encore, en commençant par les prosateurs.
    César me paraît, sans aucun doute, le plus ancien écrivain qui ait
mentionné la jonction du Rhône et de la Saône, et il n'a pas manqué
de signaler l'incroyable lenteur des flots de cette dernière, et l'in-
certitude apparente de son cours : Flumen Arar, dit-il, per fines
Màuorum et Sequanorum in Rhodanum influit incredibili lenitate,
ita ut oculis in utram partent fluat, judicari nonpossil (i). Pline

  (1)    Forlis, Voyage pittoresque cl historique ù Lyon, tom. II, p. 285.
  (2)    Ce dernier vers a été emprunte à Louis Racine, que je citerai bien lot.
  (5)    Plin. Nat. Ilisl. III, 4 : je vais tout à l'heure rapporlerle passage.
  (•4)   De bell. Gull. I, 12.