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250 Les physiciens, c'est ainsi qu'on nommait alors et que les Anglais nomment encore aujourd'hui les disciples d'Esculape, étaient dès lors tributaires de la plaisanterie française. Payés pour ra- mener la santé, ils faisaient naître quelquefois la gaîté ; c'était accomplir la moitié de leur tâche. Tous nos poètes comiques, du Xlle siècle jusqu'à nous, de Guiot à M. Delavigne, en passant par le grand Molière, ont ri- chement exploité la matière médicale. Seulement ce qui chez M. Delavigne devient un sourire anodin, est, comme on sait, chez Molière, une plaisanterie acérée, destinée à trancher au vif dans le pédantisme. Guiot avec moins de génie offre quelquefois des situations où semble contenue en germe la plaisanterie du grand poète. Vous avez entendu dire au médecin Fagofier: « Je « suis ravi, Monsieur, que votre fille ait besoin de moi ; et je " souhaiterais de tout mon cœur que vous en eussiez besoin » aussi, vous et toute votre famille. » Guiot avait dit : Ils occient molt de la gent ; Jà n'ont ni ami ni parent Que ils voulussent trouver sain (i) Voilà pour les qualités personnelles ; voici pour ia science : Vous vous souvenez de l'analyse lucide que fait le docteur Sganarelle des causes du mutisme : vous savez que « le poumon « que nous nommons en latin armyon ayant communication avec « le cerveau, que nous nommons en grec nasmus, et rencon- « trant les vapeurs qui remplissent la concavité de l'omoplate " ossabundus, nequeis, nequer, potarinum, quipsa, milus, voilà « justement ce qui fait que votre fille est muette. » N'y a-t-il pas dans les vers suivants une intention analogue? Il est vrai qu'en poésie l'intention n'est pas réputée pour le fait. En chacun homme ils trouvent lèche (qualité bonne ou mauvaise). S'il a fièvre ou la toux sèche, (i) Le sujet même du Médecin maigri lui se trouve dans un fabliau du XIIF siècle : Le Mire de lirai.