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                        REVUE BIBLIOGRAPHIQUE.                         677
 uu tourbillon trop rapide sans doute pour le vol de sa muse,
 c'est à des acteurs plus calmes, plus heureux qu'il s'adresse, pour en
  faire les interprètes de son drame aux mille bigarrures : la Poule, l'A-
 beille, le Loup débonnaire, voire môme la Puce et le Hibou, tels sont
 les masques dont il est allé secouer la poussière dans les recueils
 du passé, afin de formuler plus librement à leur aide ses récits des
 choses , et ses appréciations remplies à la fois de finesse et de
 bonhomie.
     Quand nous parlons du dieu qui a poussé M. Lurin, nous avons été
  sur le point d'écrire : Le dieu de l'Harmonie, et nous ne rétractons
 point cette velléité de notre jugement, s'il s'agit de l'appliquer aux
 tendances de l'auteur, à l'idée première, ou plutôt au sentiment qui a
 inspiré son livre : arriverons-nous à trouver que cet essai est resté loin
du but désiré par l'auteur ? Ce ne sera pas sans avoir du moins rendu
 hommage à l'intention qui lui a servi de point de départ. D'ailleurs,
 est-ce la faute à lui, ou la faute au sujet, s'il ne nous parait pas avoir
 mieux abouti. Eloge ou blâme, il faut le répéter après bien d'autres :
La langue française peut être la plus claire et la plus logique des
 langues ; mais elle est en même temps la plus incolore, la plus rebelle
 au rhythme et à la poésie : faut-il s'en étonner ? Esprit incessamment
mobile, facile il est vrai, mais impatient, le Français a l'aptitude des
affaires, pourvu toutefois qu'elles ne tournent pas trop au sérieux, et
qu'il s'y mêle une dose suffisante d'intrigue. Ardent à concevoir, trop
facile peut-être à s'épancher, il a de grandes qualités sans doute, mais
ces qualités ne constituent pas le poète, que caractérise avant tout une
sorte de sérénité idéale de l'esprit, et que fatigue une trop grande ex-
pansion vers le monde réel. Il est donc naturel que la langue, qui
n'est que la traduction de la pensée, se ressente de ses défauts ; et, si
nous sommes légers et bavards, rien d'étonnant que notre langue soit
facile et lucide, mais éminemment prosaïque.
   Aussi, comparez-la avec tout ce qui l'entoure, et notamment avec
les patois de plusieurs de nos provinces,témoignages plus intéressants,
qu'on ne le suppose d'ordinaire, du travail à travers lequel notre idiome
est arrivé à revêtir les caractères qui lui sont propres. Le patois
traîne et chante, qu'est-ce à dire ? et si, dans son orgueil véritable-
ment aristocratique, la langue française dédaigne ces frères rejetés
par elle dans une ombre voisine à la mort, une saine appréciation
doit-elle être complice de ce mépris par trop hautain ? Que les patois
disparaissent, emportés par une civilisation définitive; c'est juste peut-