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POÉSIES.
LA SAISON DU REPOS.
VII.
C'est bien l'hiver, le morne et le stérile hiver !
Du toit de chaume humide et de neige couvert
Monte dans le brouillard une lente fumée ;
La cabane, d'ailleurs, est muette et fermée ;
Les bleuâtres glaçons ont voilé les ruisseaux :
A peine, sur le bord, quelques rares oiseaux,
Parasites hardis des chaumières voisines,
Errent, en becquetant le givre et les épines.
Eh bien ! je t'aime, ô sombre Hiver, je t'aime ainsi,
Poussant les blancs flocons dont l'air est obscurci,
Et, dans l'égale ardeur de tes rigides haines,
Là , foulant un brin d'herbe, ici, posant des chaînes
Sur le cou convulsif des torrents écumeux ;
Ah ! lorsqu'enveloppé d'un tourbillon brumeux,
Quittant des hauts glaciers les neiges azurées,
Tu descends pour régner sur nos tièdes contrées,
La terre se durcit, la source rentre au sol ;
Toute plante encore vive, effleurée en ton vol,
Semble demander grâce, et, transie et crispée,
Se tord, pareille à l'âme en ses rêves trompée.
Le plus furtif rayon t'offense ; tu l'éteins ;
Tu souffles les brouillards sur les pâles matins ;
Flammes, parfums, couleurs, voix des bois, voix de
Témoignage de vie et sourires du monde,
Tout s'efface et se tait. La terre ne sent plus,
Dans ses robustes flancs que ta force a vaincus,
Les germes palpiter, impatients de poindre,
Ni serpenter les eaux qui cherchent à se joindre.