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               Slill LE DISCOURS I)K M. DONOSO COKTKS.                 589
 l'autorité humaine, qui découle véritablement de l'autorité divine, en
 ce sens qu'elle est le lien de la société, et que, sans la société, l'homme
 ne pourrait subsister et accomplir sa loi sur la terre, que Messieurs
 les monarchistes se rassurent. Le principe d'autorité est essentiel à
 toutes les espèces de gouvernement, et n'est le lot exclusif et particulier
 d'aucune. L'esprit républicain professe le respect des lois, aussi bien
 que l'esprit monarchique professe le respect de la personne royale,
 et, pour être fondée sur la délégation du peuple, l'autorité n'est pas
moins sainte que lorsqu'elle découle des privilèges de la naissance.
    Qu'est-ce donc qui s'éteint et qui disparaît dans le monde, si ce
 n'est l'idée fausse, pour faire place à l'idée vraie, rationnelle, vraiment
 chrétienne ? Ah ! sans doute, les sociétés humaines, dans leurs évo-
 lutions, dans leurs révolutions, si l'on veut, passent par les crises pé-
 nibles d'une lutte entre l'ordre qui s'éteint et l'ordre qui commence.
 A ces époques transitoires, l'autorité, il faut bien en convenir, semble
 s'affaisser sous des idées contradictoires, et, bien plus encore, sous les
habitudes qui naissent de l'emploi de la force brutale, de la force qui
est employée toujours avec bien plus de violence et d'excès pour
maintenir les vieux régimes dont les peuples ne veulent plus, que pour
faire triompher la volonté et le droit des peuples. Ces débats, ces luttes
sont des imperfections attachées à l'ordre social, comme nos passions
sont des imperfections attachées à l'ordre individuel. Mais, après tout,
l'homme est fait pour dompter ses passions, et c'est le triomphe de sa
liberté. Les sociétés sont de même faites, pour sortir de ces états tran-
sitoires, en se développant dans leur liberté, et alors, elles régnent sur
elles-mêmes, et l'autorité qui émane de leur propre sein, sous la sanc-
tion de Dieu, courbe toutes les résistances individuelles. Les absolu-
tistes, qui ne comprennent pas ces évolutions nécessaires, n'ont pas
l'intelligence de l'esprit chrétien ; ils manquent de confiance en Dieu.
Et, parce que les choses ne se passent pas suivant leurs idées rétré-
cies et leurs préjugés, ils ne voient plus que ruine et chaos de tous
côtés. .. Jetez, dit M. Donoso Cortès, jetez avec moi les yeux sur l'Eu-
rope, de la Pologne au Portugal, et dites-moi, la main sur la cons-
cience, dites-moi de bonne foi, si vous rencontrez une société qui
puisse dire : Je suis solide sur mes fondements, un seul fondement qui
puisse dire : Je suis solide sur moi-même ! » Et, si on lui parle des
succès éphémères de l'absolutisme ; si on prétend le consoler, en di-
sant que la révolution a été vaincue en Espagne, vaincue en Italie,
vaincue en France, vaincue en Hongrie, son esprit prophétique ne se
fait point illusion. « Non,s'écrie-t-il, ce n'est pas la vérité. La vérité