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628                  DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE,
sophistications qui déshonorent les manufactures et le- commerce; de
là, ces entreprises hasardeuses, où l'on met sa destinée sur un coup
de dés, comme un joueur au désespoir ; de là, ces productions désor-
données qui encombrent les voies de la consommation - de là, cet es-
                                                              ,
prit de spéculation qui s'empare de tous et qui vient de ce que le pro-
priétaire ne se contente plus du produit de sa terre, le fonctionnaire
public de sa solde, les professions libérales de leurs honoraires, esprit
qui les précipite tous dans ce que l'argot de la Bourse appelle les af-
faires, et qui pousse les dépositaires des deniers publics et ceux des
épargnes des familles à considérer ces dépôts sacrés et inviolables,
comme des capitaux qu'ils peuvent exposer à leur profit sur ce tapis
vert, où quelques-uns recueillent des fortunes scandaleuses, et le plus
grand nombre des désastres.
   Nous avons parlé du luxe, non, eertes, que nous blâmions l'usage
légitime et naturel de la richesse. Est-il avantageux que le riche
épargne ? Vaut-il mieux qu'il consomme ? Eh ! mon Dieu, dans une
certaine mesure , la société gagne à ces deux choses. Si le riche
épargne, il crée un capital, et tout capital sollicite le travail. Si le riche
consomme, il sollicite le travail d'une autre façon, en provoquant la
production. Après tout, une société industrieuse et riche ne sera ja-
mais une société d'anachorètes ; l'essentiel est que les mœurs guident
l'usage des richesses dans les voies d'une consommation élégante et
morale à la fois, favorable aux arts, et éclairée par le bon goût. Mais
le luxe que nous signalons comme un vice, c'est celui qui détruit les
capitaux par cette envie de briller et de paraître riche, celui qui dissi-
mule la gène sous la dépense. Toute fortune qui se détruit se résout
en une perte pour la société.
   Et maintenant, demandez pourquoi la propriété territoriale s'absorbe
sous l'hypothèque, pourquoi les professions libérales ne suffisent plus,
par leurs produits légitimes, à ceux qui s'y adonnent, pourquoi l'appa-
parence du bien-être cache si souvent une misère réelle, pourquoi il
y a presque, au sein de chaque famille, une plaie secrète qui ne paraît
que lorsqu'elle a atteint le visage, et qu'il n'y a plus moyen de l'enfouir
sous la couverture du luxe ! C'est que le budget du plus grand nombre
des ménages est comme celui d'un état mal réglé, où l'on ne peut
équilibrer la dépense avec la recette.
   L'avidité et le luxe sont les deux racines du mal économique ; et,
toutes deux réunies, elles ont enfanté un troisième fléau, l'agiotage ;
car, dès l'instant que l'on ne s'est plus contenté des progrès lents et
successifs qu'enfante le travail, dès l'instant aussi où le désir de briller