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M. LE MARQUIS NE FOUDRAS. 743
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société du XIX siècle. Ce qu'il sait, c'est qu'elle ne respecte rien,
ne croit à rien, n'aime rien, et qu'elle n'a pas même le courage de son
égoïsme et de son incrédulité, car elle est hypocrite ; ce dont il est
persuadé, c'est qu'en morale comme en politique, la France se roule
dans une fange honteuse qui soulève de dégoût le peu d'âmes hon-,
notes qui respirent, malgré elles, au milieu de ce scandale.
Le marquis de Foudras ne parle pas de l'intelligence, il a raison, il
est trop spirituel pour en douter encore ; nous le remercions de cette
concession qu'il fait à notre époque si mal notée dans son cœur.
Mais, à ces maux immenses il fallait, sinon un remède, du moins un
palliatif, et M. de Foudras pense l'avoir trouvé, en disant, à son point
de vue, la vérité, toute la vérité, quelque horrible qu'elle soit. —
En racontant ces ignobles misères dans lesquelles est tombé tout ce
qui devait être grand et élevé en France, il espère frapper de terreur ce
qui reste de pur et qui pourrait être pris du vertige de l'imitation. —
Alors, il s'empare d'un fait isolé, d'une histoire à part, où la débauche
se déploie sous toutes ses faces, et il s'écrie : « Voilà le XIXe siècle
dévoilé dans toute son effrayante nudité ; vous pouvez m'en croire, je
suis romancier annaliste, et les plaies du monde me sont connues ;
les infamies que je viens de vous décrire se renouvellent chaque jour e[
sous mille formes, dans une proportion effrayante ; je pourrais vous
en donner des preuves éclatantes, elles se pressent en foule dans ma
mémoire. »
Et M. de Foudras, avec un cynisme terrifiant, et qu'une sainte hor-
reur, sans doute, lui conseille, vous parle d'un père et d'un fils vivant
avec la même femme par économie ; d'un baron qui est l'amant de sa
belle-sœur ; d'un comte qui l'a été de sa belle-fille ; d'une marquise
qui tient un tripot chez elle, depuis qu'elle n'est plus assez jeune pour
y avoir un mauvais lieu d'un autre genre ; d'un duc qui passe ses
nuits à jouer, pendant que sa femme, une belle et noble créature ( car
il yen a une sur cent) passe ses journées à laver le linge de ses en-
fants ; et des jeunes femmes qui se font payer en bons billets de
banque ce que leurs grands-mères étaient si heureuses de donner pour
rien (ô vertueuses grands-mères.'); et des vieilles qui paient à leur
tour ; et des hommes politiques qui se vendent ; et du misérable gou-
vernement qui les achète ; et des généraux qui sont prêts à servir
toutes les révolutions, si honteuses qu'elles soient; et de tout le inonde
enfin, car, de quelque côté qu'il tourne les yeux, M. de Foudras ne voit
que les mômes spectacles hideux et menaçants.... oui menaçants,
parce que, suivant ce philosophe, lorsqu'une société en esl arrivée là ,