Pour une meilleure navigation sur le site, activez javascript.
page suivante »
                   LEÇONS DE LITTÉRATURE COMPARÉE.                         711

    élevé au collège de Crémieu par des Oratoriens. Nourri par ces reli-
    gieux de la littérature sacrée, son premier ouvrage présenta la pein-
    ture de la société chrétienne au IVe siècle, d'après les pères de l'Eglise.
    Ce tableau, tracé avec un goût pur, révéla tout le mérite du studieux
   professeur de rhétorique, cl le porta plus haut dans les rangs de
   l'Université.
       Appelé, en dernier lieu, à Chàteauroux, comme principal du collège,
    il y professa la littérature devant un auditoire nombreux et choisi
   qu'il sut s'attacher par sa parole élégante. Ses leçons ont été recueil-
   lies, et elles étaient dignes de l'èlre. La littérature n'y est point murée
   dans l'exégèse aride des textes, elle ne se traîne pas à épeler l'éternel
   commentaire du mot. Pour lui, elle est la formule d'une civilisation ;
   et, à l'aide de cette donnée, il compare le monde antique avec la so-
  ciété moderne. Dans ce drame permanent, clans cette épopée séculaire
  dont l'homme est toujours le héros, il met, face à face, les passions,
  les croyances du Polythéisme avec les sentiments et les traditions de
  l'ère nouvelle. Au contact de ces deux civilisations par leurs chefs-
  d'œuvre littéraires, il retrouve des caractères communs, des situations
  identiques, des événements semblables. Mais l'humanité a t'ait un pas ;
  la conscience morale a grandi.
      La nature humaine est devenue, peut-être, moins simple, moins
 naïve, la passion est plus tumultueuse, les sentiments plus raffinés ;
  les ressorts du cœur humain plus compliqués, mais la notion du bien
 se développe et s'élargit , en même temps que la responsabilité de
 l'homme se dégage de plus en plus.
      L'ingénieux professeur s'empare, avec une heureuse habileté, des
 grandes scènes où les premiers poètes des deux époques ont mis
 l'homme aux prises avec les mêmes passions ; et, par cette comparai-
son dramatique, il fait ressortir le caractère, le génie propres à chaque
poète et à chaque période sociale.
      Ainsi, Eschyle et Shakespeare ont peint le remords avec une vigueur
égale de pinceau. Dans Oresle,le crime est pardonné, parce qu'il aélé
l'instrument d'expiation d'un autre crime. Mais, dans Macbeth, le re-
mords va jusqu'au bout; il dénoue moralement le drame avant la (in
tragique du coupable par une main vengeresse, qui semble exécuter la
propre sentence d'une conscience torturée par elle-même. Ce rappro-
chement de situations et cette communauté de sentiments se poursui-
vent, avec bonheur, dans YOEdipe de Sophocle et le roi. Lear de
Shakespeare, et l'on se demande si la piété fdiale est plus belle dans
Antigone que dans Cordilia.