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                    LYON APRÈS LE 9 THERMIDOR.                      605
 brée le jour de la quatrième sans-culotide, il y eut, au Grand-Théâtre,
 un spectacle gratuit de pièces patriotiques. Les représentants
 avaient ordonné « que les bustes de Maratet de J.-J. Rousseau, dont
 la patrie honore spécialement les mânes dans celte journée, y seraient
 exposés à la vénération publique. » Bientôt après, les représentants
 adressèrent à la Convention un buste de Chalier, façonné en sal-
 pêtre ; la Convention accueillit respectueusement cet hommage.
    Etait-ce pour déshabituer le peuple de ces étranges idoles de la
 Terreur, et pour chercher à y substituer d'autres noms, qu'on leur
 associait celui du philosophe de Genève ? A Paris, les cendres de Rous-
 seau avaient été solennellement' portées au Panthéon ; les proconsuls
 de Lyon signalèrent cet événement par une fête, célébrée sur une
 presqu'île boisée, formée par un bras du Rhône, en face du pont Mo-
 rand , lieu choisi pour rappeler le site d'Ermenonville. Un tom-
 beau de marbre, œuvre de Chinard et de Durand, offrait la statue du
 philosophe, couchée, embrassant, d'un côté, deux petits enfants, et,
de l'autre, s'appuyant sur la table des lois. Le cortège entoura ce mo-
nument ; il était formé de groupes, portant des bannières. Celle des
jeunes garçons faisait lire ces mots : // nous a donné Emile pour
modèle; celle des jeunes filles : On voit parmi nous la candeur de
Sophie ; celle des mères allaitant leurs enfants : Il rendit les rnères à
 leur devoir et les enfants au bonheur. Bannière du groupe des Lyon-
nais ayant connu Rousseau : // connut, à Lyon, les charmes de l'a-
mitié ; groupe de Genevois : Genève l'aristocrate l'avait proscrit ;
Geradw libre a vengé sa mémoire. Bannière d'un groupe de vieillards,
d'artistes et de citoyens portant en pompe le livre du Contrat social :
L'homme est né libre ; renoncer à sa liberté, c'est renoncer à la qua-
lité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Des
choeurs chantèrent un hymne, dont le citoyen Sobry avait fait les pa-
roles, — poésie absolument insignifiante, — et dont la musique avait
été composée par le citoyen Coignet, qui, disait le programme, avait
fait, avec Rousseau, la musique de Pygmalion. De toutes ces ins-
criptions, de ces devises, pas une ne rappelle le théiste éloquent, le
philosophe spiritualiste qui avait stigmatisé si énergiquement les ma-
térialistes de son siècle.
   Dans l'atténuation des passions révolutionnaires, une seule était
restée pleine de sève, c'était la haine de la vieille religion nationale,
tant il était vrai que le 9 Thermidor n'avait pas été l'explosion des
sentiments grands et généreux, qui se rapprochent toujours du Chris-
tianisme, mais, au contraire, de tout ce qu'il y avait au fond des cœurs