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DE PARIS A LYON ET A AVIGNON. 505 Suent plus d'être en butte au jeu intéressé des tarifs. Devant l'Etat, elles Peuvent dépérir et ne tomber, toutefois, que par l'effet seul des progrès d'un moyen nouveau de locomotion, et non par la perfidie des oscil- lations de péage, mortelles pour la navigation à vapeur, le batelage et le roulage ordinaire, mais inoffensives pour une Compagnie couverte Par une garantie d'intérêts de la part du trésor public. Jusqu'à ce jour, on a eu recours aux associations privées dans la construction des chemins de fer ; quel a été le résultat des rapports du gouvernement avec ces grandes existences industrielles, dont le crédit et les ressources étaient aussi puissants que le caractère de leurs fon- dateurs présentait de garanties par de beaux noms d'épée et de fi- nances? Aucune n'a tenu ses engagements. L'Etat, lui, était bien lié; il ac- complissait fidèlement les charges de sa participation; mais les Com- pagnies, au moindre revers, tendaient la main, et, pour ne pas les voir crouler, il s'est vu forcé de prêter à toutes le secours de sa puis- sance. A celle-ci on a octroyé une prolongation de jouissance ; a celle-là une révision de tarifs ; à une troisième un prêt; à une autre une subvention. Jamais on avait vu pratiquer aussi largement l'as- sistance publique par la caisse de tout le monde. Il était passé, en ju- risprudence industrielle, que les traités n'avaient qu'une force unila- térale, vis-à -vis de l'abstraction gouvernementale; mais qu'à l'égard des Compagnies, on sousentendait toujours la restriction mentale ou la clause tacite de s'exonérer des stipulations gênantes. Faut-ii faire con- tinuer au pouvoir social ce rôle de Cassandre pillé, trompé et berné Par tous ceux qui ont affaire à lui. Faut-ril donner en fief toute la terre de France à ces entrepreneurs de railways, si avisés et si habiles en affaires ; et, dans cette grande invasion du territoire, l'Etat ne con- servera-t-il pas son petit royaume de Bourges pour sauver la mémoire de sa puissance passée? Au moins, qu'il y ait un chemin de fer, dans notre pays, qui ne soit pas livré à des mercenaires, pour servir de Point de comparaison entre l'administration publique et la gestion par- ticulière, et où l'on puisse abaisser les tarifs, selon les besoins du commerce et de l'agriculture. Qui peut dire quels seront les besoins de la société, dans un siècle ; et l'on veut aliéner le domaine national Pour un laps de temps aussi long ! La France a bien changé depuis J 750, et elle n'aura pas moins changé en 1950. Ne décrétez pas l'immobilité séculaire d'une compagnie qui peut ê tre, un jour, un anachronisme au milieu d'une société, dont les besoins se seront modifiés ; sachez vous réserver la transformation