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468 LÉGITIM1SME, CHRISTIANISME
trine de vie, pour extirper l'esclavage dans le monde ancien ? Combien
lui en faudra-t-il pour mener le monde nouveau à sa forme démo-
cratique ? C'est que le Christianisme n'est qu'esprit ; il ne procède pas
par violence. Il a élevé au-dessus de tous un fanal divin, et puis, il a
laissé aux hommes le soin de faire pénétrer peu-à -peu cette lumière
dans les actes de leur vie sociale. C'est à l'humanité à se transformer
elle-même, à traverser les épreuves que Dieu suscite sur sa route, afin
qu'elle ait la constance de les combattre et la gloire de les vaincre. La
Providence de Dieu ne peut pas plus contraindre la liberté des peu-
ples, que sa grâce ne peut contraindre la liberté des individus.
Qu'est-ce que le temps pour l'œuvre de Dieu ? La démocratie bouil-
lonne, elle envahit le monde. Les plaintes et les gémissements de M.
Laurentie, vos accents de triomphe, tout constate que la cause de la
liberté est invinciblement gagnée, et que nos agitations ne sont que
les dernières convulsions des anciens partis au désespoir. Quoi donc '•
Monsieur, le concevriez-vous ? le monde changerait de face, et cette
immense rénovation se ferait loin de l'œil de Dieu, et, pour la première
fois, l'humanité n'associerait pas le ciel à sa marche palingénésique !
Non, cela est impossible ; et, à moins que nous ne recourions à ce
rationalisme, qui comprend bien plus de mystères et de contradic-
tions que la religion la plus dogmatique, ou que nous reculions jus-
qu'au protestantisme, qui aboutit à l'anglicanisme et au quiétisme
prussien, ou que nous nous contentions de l'éclectisme sec et stérile
de M. Cousin, ou que nous adoptions le sensualisme mystique de
l'école de M. Fourrier, ou que nous parions nos grande» et sublimes
révolutions des oripeaux de M. Pierre Leroux, ou que nous arborions
résolument l'athéisme de M. Proudhon, que reste-t-il donc, si ce n'est
cette antique religion du Christ, en qui le monde a opéré, depuis dix-
huit siècles, tous ses progrès, et dont l'amplitude infinie ne sera ja-
mais comblée par tous les progrès futurs et imaginables ? Non ; de
même qu'il n'est plus possible que la civilisation européenne désor-
mais nous apparaisse autrement que sous la forme démocratique, il
faut, au-dessus de la démocratie, une doctrine spirituelle, philosophie
dans la science, religion positive dans la pratique ; et cette doctrine,
cette philosophie, cette religion, c'est celle du Christ. Ce n'est pas celle
que des prélats courtisans ont façonnée à l'usage des cours, en plaçant
insolemment l'image d'un roi ou d'un empereur à côté de celle de
Dieu ; ce n'est pas celle que les vieux partis s'efforcent d'entraîner Ã
la défense de leurs idées surannées ; ce n'est pas celle qui retient
obstinément ) p s ''estes ries vieilles institutions féodales, et à oui il faut