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DE LA CONSTITUTION. 427
Juillet, pour avoir voulu soutenir un cabinet impopulaire contre la
Chambre élective. Louis XVIII, au contraire, pour s'être prononcé,
le 5 septembre 1816, contre la Chambre introuvable, a sauvé sa
couronne. C'est que l'opinion publique était, avec le Parlement,
contre Charles X, et avec Louis XVIII contre la Chambre introu-
vable. Qui sait ? peut-être que Louis-Napoléon, en opposant ferme-
ment un ministère républicain à la majorité actuelle, parviendrait Ã
vaincre les obstacles, sans sortir de la Constitution ; et, se créant par
là des droits immortels à la faveur populaire, il se préparerait les
voies, non pas à la seconde présidence de la République, puisque la
Constitution ne lui permet pas d'y aspirer, mais à la troisième. Ce
qu'il y a de pis, c'est un ministère qui blesse la Chambre sans être
plus agréable au pays.
Il y a donc lieu de reconnaître, en principe invariable, que l'As-
semblée législative,comme corps,est éminemment au-dessus du Pou-
voir exécutif, et cela ressort d'une façon si claire et si certaine de la
Constitution, qu'il est impossible, sans qu'elle soit violemment brisée,
qu'une lutte réelle s'établisse entre le gouvernement et .l'Assemblée.
Il n'y aurait, comme nous venons de le faire observer, pour rendre
possible un système de gouvernement contre la majorité, que le cas
tout exceptionnel d'un ministère très populaire, cherchant à se main-
tenir contre une majorité très impopulaire. Encore,entendons-nous par-
ler de l'ascendant purement moral de ce ministère populaire ; car nous
ne pouvons admettre une violation de la Constitution, même au profit
de la liberté. Nous posons en principe qu'il vaut mieux supporter une
mauvaise majorité, que de briser les droits de la majorité.
Que peuvent faire les articles des journaux élyséens, et les notes
communiquées la veille, désavouées le lendemain ? L'Assemblée a son
pouvoir de votes, dont elle ne rend pas de compte ; elle accorde son
concours quand elle le veut, ou le refuse ; il n'y a aucun moyen de
forcer sa volonté. Si pourtant! il y a un pouvoir devant lequel l'As-
semblée et le gouvernement rendront chacun leur compte. C'est le
peuple qui assiste à ces débats et qui les juge ; le peuple, qui fait et
défait les majorités, le peuple, devant lequel tous comparaîtront aux
comices de 1852. Mais jusqu'alors, le peuple se respecte lui-même
dans ses choix ; il reconnaît les droits dont il est la source. Ce n'est
jamais le peuple qui déchirera la Constitution, qui est tout à la fois la
plus démocratique et la plus pratique qui ait été donnée à la France ;
et, s'il y a des partis qui aient cette audace criminelle, nous l'avons
déjà dit, ils susciteront une tempête, au sein de laquelle ils s'abîme-
ront eux-mêmes. MIR.