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L'ÉTAT DE SIÉCK. 45
notre nation et à l'essence de notre forme de gouvernement pour se
perpétuer au-delà de cette terrible nécessité que l'insurrection a créée.
Malheur à ceux qui le feraient durer un jour de trop ! ils se rendraient
pour longtemps impossibles. Voyez Cavaignac! si jamais dictature
parut nécessaire, ce fut celle dont l'Assemblée nationale l'investit après
la longue et sanglante bataille de Juin 1848 , alors que les pouvoirs ré-
guliers n'étaient pas encore constitués. Et, si jamais exercice de la dic-
tature fut modéré, ce fut celui de ce républicain sage et plein de lo-
yauté. Et cependant, Cavaignac a payé les quelques fautes inséparables
d'un pouvoir sans limites, par la perte de la haute récompense que la
nation semblait lui destiner, par la privation de l'honneur d'être le
premier président de la République.
C est donc au nom même des intérêts du pouvoir, que nous adjurons
les hommes qui en sont dépositaires de nous replacer enfin sous le
roit commun. Qu'on songe qu'au moyen de l'interprétation donnée Ã
cette faculté indéfinie de l'état de siège, il ne s'agit pas de la suspension
une ou même de quelques-unes de nos libertés, mais de toutes sans
lan™a e ^ e p t i o n ' e n forte que Radetzky n'est pas plus maître à Mi-
dans 1& V1 f ., recon< ï ui8e ' Que nos commandants militaires ne le sont
la d-ff" m ° l t i e d e S CUéS d e n o t r e r é P u b l i , l u e démocratique, et que toute
inerence, dans l'exercice de ce pouvoir, vient non pas de quelque
imite^ imposée à son étendue, mais purement de la modération acci-
lentelledu caractère dans les personnes auxquelles il est confié. Qu'on
lechisse e n c o r e a u x dangers de la contradiction flagrante qui existe
' re cett( ; interprétation de l'état de siège et la Constitution, qui ne
< ou j a m a j s être suspendue. Evidemment, un tel état de choses ne sau-
rai avoir que la durée d'un moment de crise, aussi court que l'action
purement militaire dont il est l'un des effets. Si vous le prolongez
après que la guerre matérielle a cessé, sous prétexte que la guerre
morale existe toujours, hélas ! nous le craignons bien, il y aura, pour
le maintenir, dans six mois, dans un an, indéfiniment peut-être, les
mêmes raisons qu'aujourd'hui, et plus encore, car il est dans l'ordre
«es choses, qu'une dictature qui prend fin soit suivie d'une réaction ;
et plus la dictature a été longue et absolue, plus les libertés qu'elle a
comprimées et les haines qu'elle a suscitées, font une explosion dan-
gereuse.
Min.