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36                           CHRONIQUE ARTISTIQUE.
M™ Pfadher surtout dont elle reproduit parfois jusqu'à 1 identité, la pose et le
/eu minaudier. M lle Lavoye, malheureusement pour elle, malheureusement pour nous,
est du nombre de ces artistes chez qui l'émission vocale semble l'esclave de certains ef-
fets mimiques. Chaque coup de gosier ramène un geste toujours à contre-sens, toujours
le même. Au port de voix correspond un rapide balancé du haut du tors ; aux traits
piqués une série de courbettes aux trilles une toute gentille flexion du cou à droite ;
à la gamme ascendante, cette inclinaison latérale dont Odry disait qu'elle rappro-
che le corps du sol à mesure que la voix s'en éloigne, etc. Tout ceci n'est pas bien
grave ; mais notre intérêt à défaut de notre devoir, nous défendait de le passer sous
silence. Pouvions-nous, avec une aussi gracieuse personne que M lle Lavoye, tolérer
patiemment un défaut qui nous oblige de détourner les yeux, et, dès qu'elle ouvre
la bouche, nous transforme forcément de spectateur en auditeur?
    Nous aurons occasion d'entendre de nouveau, et, partant, de mieux apprécier le
talent de cette cantatrice : mais, dès à présent, il est facile de lui présager un succès
du meilleur aloi. Il augmentera encore si elle travaille à dépouiller un reste d'af-
fectation dont elle n'apporte certainement pas de Paris la tradition surannée. Son
chant gagnerait aussi à revêtir parfois une expression plus vive ; rien n'est voisin
de la monotonie comme une douceur continue ; et ces sons presque harmoniques dont
elle prodigue un peu trop le merveilleux secret, viennent tout à point nous jus-
tifier de lui dire que l'harmonica lui-même finit à la lougue par agacer et fatiguer
l'oreille.

                                                                        DD.