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CHRONIQUE ARTISTIQUE. 35
comme à la voir, on ne peut se défendre du souvenir d'une autre cantatrice,
M me Hébert-Massy, de si agréable mémoire. Comme elle, son organe possède un
certain frémissement velouté dont la caresse va plus loin que l'oreille, et porte comme
un parfum de jeunesse et de candeur, A ce don naturel, notre chanteuse joint le
talent d'une vocalisation juste et précise, quoique trop solfégienne et quelque peu
martelée. Son débit, qui sent légèrement l'écolière, lui eût probablement plus servi que
nui auprès de certains aristarques à gros lorgnon. Du reste, celle gracieuse débu-
tante avait déjà pu être appréciée dans plusieurs de nos salons ; et il faut croire que,
le soir de son début, le parterre était de fort bonne compagnie, car il a paru l'ac-
cueillir comme une connaissance qu'on aime à revoir et qu'on serait heureux de
fixer. M me Drutel a depuis lors résilié son engagement; il a fallu sans doute toute sa mo-
destie pour la faire donter de la validité d'un jugement contre lequel personne n'avait
formé opposition.
M. Edouard a fait paisiblement ses trois débuts comme seconde basse et première,
au besoin. Veuillez prendre note de ce dernier mot ; et pour l'appliquer justement
ans la circonstance, cherchez dans votre dictionnaire des synonymes la différence qui
sépare le besoin du désir.
Nous voudrions compléter cette revue en donnant un souvenir à chacun des an-
poUtes"118168 C o n s e r v é s : m a i s ils nous excuseront sans doute d'avoir fait cette fois
^° ' 6SSe a u x . n o u v e a u x Vem>S " D i s o n s n é a n m o i n s , en attendant, que les chœurs ont
P renforces de quelques voix moins brutales, de figures plus humaines, de quel-
dan" r m e $ S U ' t 0 U l ' q U ' SC S 0 D t m ° n t r é s d a t e u r s au point d'élever le bras gauche
ns tes moments dramatiques, tandis que leurs routiniers camarades n'avaient de
temps immémorial levé que le bras droit. Ceci est un progrès, et nous en félicitons
a direcuon en raison des efforts qu'il en a dû lui coûter pour l'obtenir. — Un au.
^re progrès bien plus réel est celui que les années, fées bienfaisantes qu'à cet âge on
invoque encore, ont amené dans la désinvolture et les grâces de notre plus jeune
ansuse ; enfant que Lyon adopta dès ses premiers pas, et qu'un talent bientôt ac-
compli met déjà en état de payer sa dette de reconnaissance.
L émigration estivale des artistes parisiens a commencé cette année par
un nom de bon augure ; M"» Lavoye, annoncée comme première chanteuse de
Opera-Comique, est venue initier la province aux prestiges d'un talent que sa ré-
putation nous rendait impatients d'apprécier par nous-mêmes. S'il faut en juger
d après l'empressement du public, la chaleureuse sympathie qui l'a accueillie dès
son apparition et les rappels plus significatifs dont elle est chaque soir l'objet, certes
son succès doit la satisfaire et ne saurait éprouver de contestations. Nous avons,
nous aussi, ressenti tout le charme de celte voix pour qui le mot suave semble
avoir été créé exprès, de cet excellent mécanisme si admirablement travaillé qu'il
éloigne de l'auditeur toute idée de travail, de cette correction de style où le
sentiment musical paraît un complément naturel de l'expression scénique, tant ces
deux qualités semblent découler de la même source !
Toutefois, autant qu'il est permis d'avoir un avis après deux auditions, ce n'est
point là , ce nous semble, l'héritière bien légitime des Damoreau, des Dorus. Nous
•a soupçonnerions plutôt d'appartenir à l'école ancienne de M™ Rigaud, de