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•266                  LYON APRÈS LE 9 THERMIDOR.

générosité que les proconsuls avaient reproché si durement aux Pa-
triotes d'avoir adopté. Commune-Affranchie paya bien des tributs au
fameux tribunal révolutionnaire de Paris; mais, si de la passion fut
montrée pour y provoguer des arrestations, ce ne fut que comme une
sorte de réaction contré l'ancienne Commission temporaire. Plusieurs
des accusés qu'elle avait fait acquitter par le Tribunal des Sept, furent
arrêtés de nouveau et traduits à Paris, où ils se trouvaient encore, le
9 Thermidor.
   C'est dans cet état que la ville fut surprise par le bruit inopiné de la
lutte qui s'était engagée à Paris, et de son issue. Rien n'y avait pré-
paré les esprits. Robespierre, le dieu de la veille, devenu, par sa dé-
faite, un tyran tombé et maudit, avait, comme nous l'avons vu, un
grand crédit dans cette Commune-Affranchie, qu'il avait arrachée aux
égorgeurs et aux démolisseurs ; il était le centre vers lequel toutes les
 espérances s'étaient tournées. Comment donc y serait reçue la nou-
 velle de sa chute? Mais il y avait bien des causes aussi pour que Com-
mune-Affranchie ne protestât pas contre le fait accompli. Les partis
 divers qui y avaient coopéré, hébertistes, dantonistes, modérés, étrange
 coalition liée pour le besoin d'un jour, avaient chacun leurs repré-
 sentants à Lyon. Parmi les hommes qui s'appelaient les Patriotes,
 une partie se rattachait, par les souvenirs du patronage, à l'ancienne
 Commission temporaire et à Fouché ; elle se ralliait à Reverchon.
 L'autre catégorie des Patriotes, ceux qui passaient pour Robespier-
 riens, furent eux-mêmes troublés et partagés. Jusqu'alors, ils n'a-
 vaient pas eu de distinctions à faire dans leurs hommages au Comité
 de Salut public ; les secrètes divisions de ce comité, auxquelles ils n'é-
 taient pas initiés, avaient éclaté tout d'un coup. Puis, ils étaient des
 républicains ardents, et voilà qu'on venait leur signaler, dans l'idole
 populaire, un tyran, un dictateur ! Enfin, il y avait, pour qu'on se sou-
 mit, une autre cause toute morale ; c'était la compression que la Ter-
 reur avait exercée sur tous les esprits, en sorte qu'il n'y avait plus
 nulle part de l'énergie,de l'initiative.et que les Patriotes divisés, défiants
 à l'égard les uns des autres, accoutumés avoir briser successivement
 leurs idoles, et enseignés à maudire ce qu'ils avaient admiré, étaient
 incapables de tout autre chose que de suivre une impulsion donnée.
    La nouvelle des événements des 8 et 9 Thermidor fut reçue le 11 ;
 les corps constitués, incertains, se turent pendant quelques jours ;
 mais on discuta très-vivement au sein de la Société populaire. Les
 détails de ce débat n'ont pas été conservés ; mais il est certain que la
 Société fut partagée. Deux membres, l'ex-procureur de la commune,