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2.10 POÉSIES.
forte dans les brouillards des barbes de cristaux.
Vienne un rayon, soudain tout se métamorphose ;
Les champs ensevelis dans un morne repos
Vont s'habiller de flamme ou se teindre de rose.
La Nature est ainsi fidèle et ne peut pas
S'empêcher de sourire à travers les frimats ;
Elle dit à l'amant : « Plus de langueurs secrètes ;
« Plus de soupçons; — essaie, amant,qui t'en vas seul
« Et pensif, de lever un coin de mon linceul ;
« Sous la neige déjà poussent les violettes. »
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LA BRANCHE DE L1LAS.
VI.
Accepte du Printemps le gracieux envoi,
Sa branche de lilas nouvellement fleurie ;
Elle a, signal charmant de la saison chérie,
Le virginal éclat que je retrouve en toi.
Sa pâleur délicate, azurée, attendrie,
S'allie à tes yeux bleus, qui me troublent d'émoi ;
Car, aux myosotis, turquoises des prairies,
Tes yeux bleus sont pareils et disent : Aimez-moi î
Je t'aime ! — mais, vois-tu, ce n'est pas un mérite
De vouloir que ma vie à la tienne s'abrite,
De t'avoir pris pour but de mes désirs constants ;
Mon cœur, en te cherchant, à sa pente est docile ;
Ne me dis pas : Merci » — car, c'est aussi facile,
Chère enfant, de t'aimer, que d'aimer le Printemps.