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30 CHRONIQUE POLITIQUE.
litiques, si le sang versé à Bologne, à Ancône, à Rome, n'a été qu'une illusion théâtrale,
ce serait encore un devoir pour la France de substituer à ces apparences menteuses
desréalités'positives, car, en intervenant arbitrairement dans les affaires du peuple
romain, elle est devenue responsable de son avenir. Le plus triste signe de décadence
qu'elle pourrait donner serait de ne pas comprendre que cette tâche glorieuse lui est
imposée ou de reculer devant elle.
Déjà les projets se multiplient. Toutes les opinions politiques fournissent des plans
d'organisation. Toutes les sectes dissidentes, Anglicans, Grecs, Protestants apportent
à la papauté le secours d'une sollicitude touchante. Depuis la réintégration pure et
simple du pape dans la souveraineté de ses pouvoirs temporels et spirituels, jusqu'aux
idées les plus avancées de leur séparation, et par conséquent de leur affranchissement
réciproque, tout est mis ou va être mis en question. Notre gouvernement, il faut du
moins l'espérer, suivra hardiment la ligne qui se rapproche le plus de la sé-
paration de ces deux pouvoirs dont la réunion est une cause de dissolution,
et qui conduira les Romains, si le joug temporel est trop lourd, Ã s'affran-
chir même du joug spirituel. Tel est le but indiqué par les nécessités actuelles et
les tendances de l'esprit humain. Si la papauté ne le comprend pas, si elle refuse
son initiative, c'est à nous d'avoir de l'intelligence et de la prévoyance pour elle,
il ne s'agit pas là de l'intérêt seul du peuple romain mais surtout de celui de la pa-
pauté. Il ne faut pas se fier ces maximes surannées de la diplomatie, que le pou-
voir spirituel du pape ne peut exister qu'à la condition d'être également pouvoir
temporel. Elles ont pu convenir à des temps où les prêtres et les évèques participaient
aux devoirs et aux droits de la féodalité. Aujourd'hui les Russes et les Mahométans
peuvent les croire utiles ; mais l'occident moderne proteste. Est-ce que la France,
l'Espagne et les autres pays catholiques ne conservent leur foi religieuse que parce
que le pape conserve sa couronne temporelle ? Est-il indispensable pour croire à l'in-
faillibilité religieuse du chef de l'Église de savoir que ses états sont les plus ma
administrés et les plus arriérés de l'Europe P Est-ce que la faillibilitè reconnue en
matière de gouvernement ne tend pas au contraire à faire douter de l'infaillibilité
en matière de religion? Parce qu'un homme se trompe sur un point, en concluez-vous
qu'il doit avoir nécessairement raison sur un autre? En vérité nous ne comprendrions
pas un gouvernement partisan systématique du pouvoir temporel du pape et poursui-
vant en France, pour abus, les évèques qui se réunissent sans permission, n'accordant
pas même au clergé la capacité suffisante pour tenir les registres de l'état-civil ;
ayant soumis ici l'Église à l'État, et voulant ailleurs soumettre l'État à l'Église.
Croyîz-nous : c'est déjà un assez grand malheur pour le vicaire du Christ d'être
oblige de rentrer dans la capitale du catholicisme, à la suite d'une armée d'étran-
gers, n'y joignez pas celui d'être chargé de deux missions contradictoires. Débar-
rassez-le de la responsabilité temporelle : c'est assez pour lui de porter le ciel san»
plier. Plus vous aurez allégé son fardeau terrestre, plus vous aurez augmenté sa
liberté véritable et mis sa grandeur à l'abri des orages.
J. B.