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32 UK L'ÉTAT ACTUEL I)K LA l'IlILOSOPHIK cette mine précieuse; elle est trop vaste pour qu il soit pos- sible d'y découvrir toujours du premier coup le véritable filon. 11 est difficile aussi de se défaire de tout préjugé apriorique. Drobisch a-t-il su éviter ce double écueil? Telle est la grave question à laquelle nous devons répondre. Les faits psychologiques qui se rapportent au souvenir et à l'oubli se prêtent en une certaine mesure au calcul. On peut déterminer plus ou moins exactement sous quelle con- dition une idée retombe, comme dit l'école nouvelle, « sous le seuil de la conscience humaine, » c'est-à -dire s'oublie, et dans quelles circonstances une autre pensée reste présente à l'esprit. Généralisant rapidement celte idée, Herbart avait soumis à la rigueur des opérations arithmétiques l'ensemble de tous les faits de la conscience intime. La spontanéité de l'homme se trouvait dès lors emprisonnée dans des formules mathématiques; le libre mouvement de l'esprit était enchaîné au nom du calcul; le tout sans aucun profil véritable, ni pour la vie, ni pour la science, sans aucun autre résultat évident qu'une accumulation de difficultés dans des questions sur les- quelles on ne saurait jamais répandre assez de lumières. Dro- bisch a évité plus ou moins ce défaut du maître ; non qu'il accorde que Herbarl est allé trop loin en expliquant tout par le calcul ; au contraire, il laisse la porte ouverte à l'invasion des mathématiques dans le domaine de la philosophie. Mais au moins a-t-il consenti, en écrivant son livre, à descendre sur le terrain où se trouve la majorité de ses lecteurs, et h exposer la science de l'esprit non du point de vue théorique ou mathématique, mais du point de vue empirique. L'idée que le herbarlianisme se fait des monades comme d'êtres absolument simples et dénués de toute qualité, a dû .conduire Drobisch, au sujet de la conception de l'ame et de ses facultés, à des exagérations qu'il nous est impossible d'approuver. En effet, ce penseur ne se borne pas à proscrire