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346 AMMAM-MESCOUTINK. Les sages des tribus, à cet affreux blasphème, Répondirent : malheur à qui brave les cieux ! Et des saints marabouts les têtes, ce soir même, De la porte du cheick ensanglantaient les pieux.... Le peuple, insouciant, dans la plaine s'écoule, Et le bruit des tam-tams rend joyeuse la foule. Mais, pendant mon récit, jetez quelques boudjous ; Bien vieux est le conteur, bien vieux est son bournous. Jamais on n'avait vu de si vives danseuses. Tordre sur les tapis leurs corps demi-voilés ; Du vin blanc des Roumis les cascades mousseuses Eteignaient en tombant le feu des narguilés ; Les hommes chancelaient, les femmes oublieuses Laissaient à découvert leurs figures rieuses. Mais, pendant mon récit, jetez quelques boudjous ; Bien vieux est le conteur, bien vieux est son bournous. Le couple incestueux présidait à la fête.... Mais la lune pâlit, et le soleil naissant Des touffes des palmiers déjà dore le faite. Les coupables époux se retirent, laissant La danse pour gagner la tente solitaire Qui répandra sur eux son ombre et son mystère. Mais, pendant mon récit, jetez quelques boudjous ; Bien vieux est le conteur, bien vieux est son bournous. Tout bien nous vient d'en haut, malheur à qui l'oublie ! Le danseur ne peut plus tracer ses légers pas ; Sous un manteau de roc, bientôt ensevelie, La danseuse s'arrête.... et déjà le trépas Comme un suaire étend sa morne solitude Sur les lieux où riait la folle multitude. Mais, pendant mon récit, jetez quelques boudjous ; Bien vieux est le conteur, bien vieux est son bournous. Ce grand roc allongé que deux bosses surmontent, C'est, dit-on, le chameau qui portait les présents.