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BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. 87 Depuis que tout un peuple éperdu lui demande Du travail et du pain, qu'a-t-il fait pour l'Irlande ! Il exige du pauvre un tribut annuel, Et lui jette en retour le mot creux du Rappel. C'est ainsi que Mme Colet juge O'Connel, le seul roi qu'on ait vu régner sans cour et sans armée, par le simple ascendant de son caractère loyal et ferme, par l'empire de son éloquence et d'un dévouement qui date d'un demi - siècle. l/Irlande est aussi un peuple vaincu, mais toujours frémissant, et, loin d'i- gnorer où il dirige les coups de ces milliers de bras qui s'agi- tent autour de lui, O'Connel leur a appris à frapper lentement, mais d'une manière plus sûre, le maître impitoyable et fort sous lequel ils ont été si longtemps meurtris. Ah! je ne m'explique pas comment M me Colet n'a que des reproches amers et injustes pour cet illustre agitateur qui, depuis tant d'années, mène tout un peuple à la conquête pacifique de ses libertés, de ses droits, et, nouveau Fabius, sait rétablir par une sage temporisation la chose publique, cunctando reslituil rem. Qu'était-ce que l'Irlande, avant le bill d'émancipation ? quels embarras ne suscite-t-elle pas à ses maîtres avec ce mot de Rappel, que le poète trouve si creux? O'Connel, il est vrai, reçoit le tribut annuel, non seulement du pauvre, mais encore du riche, et il y a ià justice, car s'il néglige ses affaires pro- pres pour celles de l'Irlande, il est tout nature! qu'il retrouve dans la reconnaissance des siens ce qu'il aurait trouvé si aisément à la barre des avocats. O'Connel reçoit donc, mais il n'exige pas. Je crains fort que les préventions religieuses qui empêchent M me Colet de comprendre le rôle imposant d'O'Connel, ne soient les mêmes qui lui dictent de regrettables invectives contre Gré- goire XVI, à propos de la réception faite au tzar Nicolas. Certes, ce n'est pas moi qui souhaiterai que la force de la papauté soit affaiblie, que le chef de la chrétienté s'abaisse devant les exi- gences des rois, au détriment des peuples ; mais je suis vivement