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252                  UN TABLEAU DE MHK1LL0.

siècle? sur la lutte du naturalisme contre l'idéalisme, comme
disent nos savants critiques? sur le galbe et la plastique,
comme disent les rapins dans les petits journaux ? Voilà, mon-
sieur, ce qui me troublait ; ce qui, depuis quelques jours, me
faisait regarder comme une corvée bien fatigante l'honneur
que j'ai de vous écrire. Je n'aime pas les grands mots ; et sur-
tout j'ai la malheureuse passion de vouloir absolument me
comprendre quand je parle; les dissertations et les théories
ne sont donc pas mon fait. Aussi j'ai pris mon parti. Nous
sommes d'honnêtes et bonnes gens qui n'avons pas besoin de
tant de détours pour causer ensemble de l'art que nous ai-
mons. Je commencerai tout simplement par mon commen-
cement, et je croirai n'avoir point trop mal employé mon
temps et mon papier si je réussis à vous intéresser en vous
racontant une gravure que le hasard a mise récemment
devant mes yeux, et qui, au travers des mille productions insi-
pides que chaque jour jette en pâture à l'avidité du public
bourgeois, m'a singulièrement frappé.
   Il est vrai que le nom du maître suffisait dès l'abord pour me
 rendre attentif. L'original est de Murillo. Si je m'en souviens
bien, lorsque nous parcourions ensemble les galeries du m u -
sée espagnol, et celles non moins riches de M. le marquis
de Las Marismas, votre enthousiasme classique pour le trait
pur et le dessin sévère de l'école italienne, ne vous empochait
pas d'estimer à leur valeur la vie, la chaleur, les tons vigou-
reux qui donnent tant d'éclat à la Conception. — Ce tableau,
dont je n'avais jamais entendu parler, est à Séville ; il repré-
sente Moïse frappant le rocher dans le désert. 11 a été gravé
par M. Raphaël Estève, en 1839 (1). Là, monsieur, se bornent
les données que j'ai pu réunir sur cette œuvre. Tous les biogra-
phes qui citent à l'envi le Mariage de Sainte Catherine, le Bap-

  (i) Rittner cl Guupii, Paris.