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20 LA REVUE LYONNAISE les Odes, dans les pièces lyriques, qu'il faut chercher l'originalité d'Horace. C'est par les Odes, nous le savons, qu'il attire à lui le plus grand nombre de traducteurs, même de lecteurs. Use montre déjà , dans ce genre solennel, ce qu'il est par excellence, un écri- vain aisé, enjoué, familier, élégant. Sous ce costume rajeuni des poètes religieux et politiques, l'épicurien se dévoile dans toutes les fantaisies de son scepticisme, dans toute sa verve ironique ou voluptueuse. Il est beaucoup moins le petit-fils d'Alcée ou de Pin- dare qu'il n'est l'aïeul de nos chansonniers. L'esprit est pareil, aussi français chez le poète romain que chez ceux de Paris ; mais combien différents sont l'art et le style ! La même ivresse sort des deux vases ; mais^ l'un est un verre fragile, verre de Bohême, ou verre de cabaret ; l'autre est une coupe d'or ciselée. Si tous ne sont pas juges du prix de la coupe horatienne, tous savent goûter la douceur du breuvage. Pour un grand nombre il a le charme du vin du cru. Voilà le mérite populaire d'Horace : il est le plus mo- derne des poètes anciens. Pour cette muse familière, qui ne descend point du Parnasse, que le poète évoque à son foyer, dans son jardin, dans la villa d'un ami, dans les rues de Rome, à côté de la litière de Mécène ou de Lydie, l'Ode et tous les rythmes lyriques forment un costume étroit et gênant. Les muses d'Horace, ses créations à lui, c'est l'Epître et la Satire. Trouvons pour ces deux sœurs un même nom, car vraiment ce n'est qu'une même personne. La Satire d'Horace, légère,- enjouée, sans fiel et surtout sans emphase, est une Epître; son Epître, vive, frondeuse, ironique, c'est une Satire. Les deux genres n'en font qu'un, la création, l'originalité d'Horace, le genre familier. A l'origine, toute poésie était chantée. Elle le fut chez les Grecs jusqu'à la dernière heure de la grande époque. La muse garde encore dans Virgile le divin privilège, la vieille habitude de dire : « Je chante. » Horace encore, jusqu'aux Epîtres, appartient à la famille des chanteurs. Mais désormais la muse va parler comme une simple mortelle. La poésie n'est plus une hymne. C'est la causerie écrite ; c'est la correspondance des beaux esprits, c'est une epître, une lettre, avec tout son abandon de pensées et de lan- gage. Elle garde seulement, comme une grâce de plus, le léger