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442 LA R E V U E LYONNAISE « sons toutes les écoles et nous n'avons pas de maître. » J'aime cette libre affirmation mise en présence de la zolalâtrie des ado- rateurs de Médan ou des exclamations un peu conventionnelles qui accueillent la moindre ligne « du maître Banville ». C'est une idée généreuse qui a dicté à Buffenoir le petit poème, dont j'ai donné le titre en tête de ces lignes. Amour des pauvres, compassion pour celui qui souffre, pitié pour le malheureux qui ne sait où reposer sa tête, nous retrouvons chez le jeune poète les mêmes sentiments élevés qui ont inspiré à Victor Hugo les ad- mirables vers qui sont dans toutes les mémoires. Je ne saurais mieux faire au reste que citer quelques strophes de cette plaquette. 0 charme du foyer! Charme pur, indicible, De s'asseoir librement près d'un âtre paisible, Et de voir s'élever La flamme d'où s'échappe une intime allégresse, Que de dépossédés, en leur froide détresse, Voudraient te retrouver ! Plus mornes, sous le poids des clartés disparues Au hasard ils s'en vont sur le pavé des rues Par la bise et le vent Dans toute la nature il n'est pas une pierre Pour appuyer leur tête, et fermer leur paupière Au destin, en rêvant 1 Ils s'en vont ! — Dévorés par la fièvre et l'envie, Ils disent qu'après tout leur misérable vie Vaut moins que le trépas, Que la paix de la tombe et le linceul de toile ! Mais, au fond du ciel noir, la planète et l'étoile Ne les entendent pas. Yoilà de beaux et bons vers qui honorent plus le poète que s'il inutilisait son talent à chanter les charmes équivoques d'une Phryné aux cheveux fauves ou les prouesses d'un jockey.