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176 LA REVUE LYONNAISE notre histoire, l'émeute apparaît Lien, en d'autres passages, ayec son vrai caractère de fléau, et trouve à la fin de la dernière période sa personnification dans la plus hideuse apparition de la créature dégradée : Et l'émeute paraît, l'émeute au pied rebelle, Poussant avec la main le peuple devant elle ; L'émeute aux mille fronts, aux cris tumultueux A chaque bond grossit ses rangs impétueux, Et le long des grands quais où son flot se déroule Hurle en buttant les murs comme une femme soûle 1 . L'émeute lui semble d'autant plus odieuse qu'elle s'attaque aux choses sacrées : L'émeute, à longs flots inondant le saint lieu, Bondit comme un torrent contre les murs de Dieu K Mais pourquoi anathématiser les bandes qui pillèrent Saint- Germain l'Auxerrois et mirent l'Archevêché à sac, si l'on glorifie celles qui, combattant tour à tour et la monarchie et la République, envahirent les Tuileries le 20 juin, et la Convention dans la san- glante journée de prairial ? D'où procédait cette poésie qui, après un premier succès d'éton- nement et presque de scandale, séduisit un instant les contempo- rains, au point de faire de son auteur l'égal des plus illustres? Barbier, né en 1805, avait vingt-six ans en 1831, et cherchait encore sa voie. Tout frais émoulu de l'Ecole de droit, où il avait pris le grade de licencié, en 1828, il avait, à la veille de la révolu- tion dejuillet, fait paraître, en collaboration avec Alphonse Royer, un roman assez incolore, les Mauvais Garçons, bon tout au plus à apporter une preuve de plus à l'assertion de La Bruyère : « qu'on n'a jamais vu une œuvre de génie qui fût l'œuvre de plusieurs. » Mais si la muse avait refusé ses inspirations au romancier à l'essai, il était, comme toute la jeunesse d'alors, sous le charme de l'école romantique et de Shakspeare. Les incohérences de style, les ex- 1 L'Emeute, ïambes, VI. 2 L'Émeute, ïambes, VI.