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148                 LA R E V U E   LYONNAISE
vant mal les résultats, pourrait les faire tourner en faveur de son
hypothèse. Si la défiance est alors justifiée, que penser quand il
n'y a pas d'expérience réelle, mais que tout se passe dans l'imagi-
nation, comme dans le cas qui nous occupe ?
   Le romancier qui, après avoir appliqué cette méthode viendrait
fièrement proclamer les résultats scientifiques de ses expériences
ressemblerait au physiologiste qui, après avoir observé une ou
deux fois la suspension de certaines fonctions après la lésion d'un
organe, en conclurait immédiatement que cet organe est le siège
de ces fonctions, sans s'assurer par des expériences réelles si la
même lésion produit toujours les mêmes effets et si l'on ne peut
arriver à ces effets par d'autres moyens. Ce ne serait certainement
pas là un raisonnement scolastique, mais il n'en serait pas meil-
leur pour cela.
   Et que M. Zola ne se fâche pas, je ne plaisante nullement. Tant
qu'il n'aura pas à sa disposition des hommes en chair et en os,
offrant toutes les conditions des personnages qu'il veut faire mou-
voir dans son roman, tant qu'il ne les aura pas mis dans les situa-
tions qu'il a inventées, tant qu'ils n'auront pas accompli sous ses
3reux la série de phénomènes qu'il veut étudier, je dirai qu'il n'a
fait aucune expérience, ou, pour me servir d'une expression de
Claude Bernard, aucune observation provoquée. A moins que, poul-
ies expériences morales, comme pour les expériences physiolo-
giques, on ne parvienne à remplacer les hommes par des chiens
ou des lapins ; ce dont je doute.
   En attendant que la science en soit arrivée là, que les romanciers
laissent de côté l'observation provoquée et s'en tiennent à l'obser-
vation simple, le terrain est plus solide.et encore assez vaste.
   Au risque d'être traité d'idéaliste, je ne puis admettre que
l'esprit de l'homme soit une chose qu'on triture à volonté comme
la matière inerte ou comme les muscles des animaux que découpe
M. Paul Bert.
   Assimilation de l'homme moral à une mécanique ; observation,
expérimentation absolument imaginaires, voilà, en résumé, la
théorie naturaliste. Nous verrons si, dans la pratique, elle a été
suivie et comment,
                                            J.   TERREL.