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182                 LA RlîVUE LYONNAISE
quand notre pêcheur, voyant le peu d'effet.'produit par les mer-
veilles de son pays et craignant pour son pourboire, nous proposa
de nous montrer les ruines de la ville d'Is. Sur un signe d'ac-
quiescement, il se remettait à nager et nous nous dirigeâmes sur
le fond de la baie, un peu adroite de Douarnenez. Arrivé à cinq
cents mètres du rivage, notre conducteur s'arrêta soudain et, après
s'être orienté, se pencha par-dessus le bord et nous pria de re-
garder le fond. J'avoue humblement que je ne vis absolument
rien que le bleu de la mer, mais notre. Breton s'entêta, nous déclara
qu'il apercevait parfaitement des débris de maisons, des troncs
d'arbres et autres indices d'une cité engloutie et pour nous con-
vaincre nous raconta une légende curieuse dont voici à peu près
la teneur.
   11 y a de cela longtemps, bien longtemps, sur les grèves que
viennent aujourd'hui balayer les flots de la mer, s'étendaient de
hautes murailles, et le bruit des chants héroïques, des querelles
et des éclats de rire venait réveiller les échos du rivage qui
maintenant ne résonnent plus que du mugissement des vagues. Là
s'élevait Is, la capitale du roi Grallon, ville riche, cité du luxe et
du plaisir. L'audace de ses habitants, le succès de leurs opérations
commerciales, mais surtout sa situation inexpugnable, protégée
du côté de la mer par d'immenses remparts percés d'écluses, et
du côté de la terre par un large fossé où le flux et le reflux entre-
tenaient un courant terrible, avaient développé cette tendance à
la corruption et à la débauche dont Dahut, fille de Grallon, pa-
raissait être "la vivante incarnation. Insoucieuse de son corps,
amoureuse du vice, avide de jouissances nouvelles, la jeune et belle
princese rappelait cette reine d'Orient qui, ivre, se prostituait à
tous ses soldats. Que lui importaient les menaces sans cesse réitérées
et toujours sans effet de Yves, évêque de Kemper ; elle ne songeait
guère aux sinistres prédictions de l'apôtre du Crucifié, alors que,
ses cheveux blonds dénoués, la tête appuyée sur l'épaule du pré-
féré du moment, elle écoutait, demi-nue, les chants voluptueux du
barde, en buvant l'hypocras à pleines coupes.
   Un soir Gwénolé, abbé de Landevennec priait. L'orage gron*
dait, et le bruit des vagues, mêlé au craquement des pins ployés par
le vent, parvenait assourdi à son oreille, lorsqu'une voix forte,