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266                  LA REVUE LYONNAISE
  sèment que, s'il avait daigné l'aimer, elle n'en serait pas là. Les
 épîtres qu'Eugène lui envoyait du Mexique et où il jurait de la
 rejoindre un jour deviennent de plus en plus rares. D'autre part,
 son généreux bienfaiteur, décidé à se marier, rompt avec sa
 compagne provisoire, en lui laissant les marques de sa munificence
 et, comme le porte le texte en termes laconiques mais significatifs :
 « tout fut dit; Louise passa à un autre. »
    Et de cet autre à d'autres encore. Assez réservée jusque dans
 sa chute, elle aimait le luxe, mais détestait la débauche. Une fois,
 je ne sais par quel hasard, elle eut une fille, qu'il lui plut (tous
 ignorèrent pourquoi) d'appeler Andrée, sans doute en souvenir de
 son seul ami véritable, tandis que ce dernier, navré de la décadence
 de celle qu'il avait toujours aimée en secret, était parti en Egypte.
 à Alexandrie, en qualité d'agent intéressé d'un marchand de soies.
Après trois ans d'absence, comme il comptait rester en Orient et
 s'y établir, la mort de sa mère le rappelle à Lyon, afin de régler
les affaires de la succession. Presque involontairement, il pense à
Louise; il la cherche ; il la retrouve dans une misérable chambre,
dont les meubles étaient vendus et dont le propriétaire allait la
 chasser faute de paiement : elle est en larmes, malade, mourante.
Il la soigne, la console, lui fait espérer la guérison et le bonheur :
 elle expire en le bénissant. On s'en aperçoit, c'est un peu le
 dénouement de la Vie de Bohême, de Mùrger, en même temps
que celui du drame d'Alexandre Dumas fils, la Dame aux
Camélias. « André lui ferma les yeux avec précaution, puis, il les
embrassa longuement ; ce baiser était le couronnement de quinze
ans d'amour. » André était jeune encore ; il avait une position
avantageuse et toute facilité pour conclure quelque heureuse
union. Mais la fille de Louise demeurait isolée : il lui sert de père ;
il la chérit; il est chéri d'elle et quand l'enfant, néechétive, meurt
de consomption, il est trop tard pour qu'il essaie de goûter le
bonheur. Ainsi se termine simplement, comme elle avait commencé,
cette histoire, à la fois sentimentale et familière, qui se lit, comme
elle a dû être écrite, tout d'un trait, et qui porte un cachet
manifeste de vérité.