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POÉSIE SATIRIQUE DU XVIe SIÈCLE. 559
Auprès de telles beautés ,1a galanterie des seigneurs de la
cour ne devait pas être en défaut. Aussi n'était-il bruit dans
la ville que de fêtes somptueuses en leur honneur, tournois,
pas d'armes et banquets.
Mais, tandis que les Lyonnaises étaient fêtées, les dames
de Paris considéraient d'un œil jaloux cette translation de la
cour à Lyon , et tant d'hommages rendus à des beautés ri-
vales : elles eurent pour se consoler les ressources ordinaires
de leur sexe, coups de langue et railleries. Les poètes , les
beaux-esprits se firent les échos de cette petite guerre, et c'est
sans doute à cette occasion que l'on vit paraître deux pièces
satiriques, dont l'une est certainement la contrefaçon et peut-
être la contre-partie de l'autre, feuilles volantes et sans nom
d'auteur, publiées en caractères gothiques, sous les titres qui
suivent :"
1° La Réformation sur les dames de Paris faictes par les
Lyonnoises. — Eesponce et réplique des dames de Paris
contre celles de Lyon.
2° La Rescriplion des femmes de Paris aux femmes de
Lyon. —Eesponce faicle par les dames de Lyon sur la res-
criplion des Parisiennes.
Ces curiosités bibliographiques, bien rares aujourd'hui,
ne sont guère connues que par quelques collectionneurs, qui
savent les prix fabuleux qu'elles ont atteint dans les ventes
publiques. Les deux pièces, laRêformation et la Rescriplion,
se divisent chacune en deux parties, et contiennent également
l'attaque et la riposte, guerre acharnée, lutte sans merci épui-
sant tout un répertoire d'invectives, dans ce naïf langage de
nos aïeux cù le lecteur français n'était point encore respecté.
Les mêmes reproches sont formulés départ et d'autre; mais,
par une singularité curieuse à constater, l'attaque et la dé-
fense sont conçues en sens inverse. Dans la Rêformation, les